Sagesse

De Ebior

L’objet propre de la sagesse philosophique est la contemplation de l’être premier dans son essence, ce que, par ses seules forces, la raison ne peut réaliser pleinement. Elle peut du moins, par un lent cheminement de sagesse, répondre aux trois questions existentielles qui se posent tôt ou tard à tout être humain: d'où je viens, qui je suis et où je vais.

Ces questions apparaissent aussi dans l'analyse psychologique de l'être humain et spécialement de son quatrième degré de vie, qui, par ce biais en particulier, est orientée vers l'action. La recherche d'une réponse à ces questions relèvent donc d'abord de la Philosophie éthique, bien que la Psychologie, qui est la psychologie de l'être humain, appartienne plutôt à la Philosophie du vivant. Le but de la Sagesse relève aussi du domaine pratique, réaliser en soi une paix stable et contemplative, mais son cheminement est bien "théorique", elle réfléchit sur le monde en général (donc pas seulement sur l'homme). Elle suit trois raisonnements. Ces raisonnements ne sont pas contraignants, au sens où il s'agit d'un cheminement (rationnel, intérieur) à faire chacun personnellement, plutôt que d'une conclusion universelle de la raison. Les trois raisonnements en question se font:

  • par mode de causalité: c'est le domaine principal des "cinq voies d'accès à l'existence de Dieu" que l'on trouve dans la Somme Théologique de saint Thomas d'Aquin, où il a repris et développé l'argument du "premier moteur" d'Aristote. L'une de ces cinq voies en particulier, est intéressante pour le philosophe contemporain, car, en se basant sur la réalité connue par la science contemporaine, elle permet de raisonner sur l'origine du monde en posant comme certaine l'existence d'un être premier. La sagesse contemplative ouvre ainsi sur une discipline très actuelle, qu'on peut appeler la Théologie naturelle.
  • par mode de négation: l'être premier est non causé, acte pur, simple, immuable, éternel, infini. Cette voie est bien représentée, dans le christianisme, par la théologie orientale, la théologie "apophatique", celle des Pères de l'Eglise influencés par le néo-platonisme comme le pseudo-Denys l'Aréopagite.
  • par mode d’éminence: on se trouve ici à la limite de la Théologie(1). Il s'agit d'attribuer à l'être premier, par analogie avec ce que nous connaissons dans le monde, les qualités les plus hautes que nous pouvons connaître en les portant à leur degré suprême. Ainsi il y a un regard philosophique de contemplation possible, au demeurant assez rare, sur un être qui est infiniment vivant, vrai, sage, tout-puissant, bon, miséricordieux, beau, un et unique, bienheureux. La quatrième voie de saint Thomas n'est rien d'autre que ce mode d'éminence.

(1) La question de savoir si l'être premier, par exemple, est une personne ou une énergie, paraît être plutôt une question de Théologie.

Une fois cette certitude acquise, que le monde dépend tout entier d'un être premier, le philosophe déiste, toujours dans une attitude de contemplation, retourne au monde en lui attribuant les caractéristiques qui découlent de cette nouvelle connaissance. En d'autres termes, le philosophe par sa seule raison peut connaître le monde comme une création, et accéder ainsi, mais en partie seulement, aux intentions de Dieu dans la création. C'est l'objet d'une nouvelle science qu'on appellera Science religieuse.