La beauté de l'être premier

De Ebior

Comme pour tous ses attributs, la beauté en Dieu est identique à son essence, il faut donc commencer par nier tout ce qu'il y a de limité dans notre connaissance de la beauté. Pour nous sur la terre, la beauté a toujours un aspect sensible et matériel (comme on le voit en Philosophie du travail) - et même au ciel (si le ciel existe), notre intelligence par ses seules forces ne pourra pas contempler la splendeur divine si Dieu ne l'élève pas à son niveau. Mais après cette approche de l'être premier par mode de négation, il y a une approche par mode d'éminence, consistant à voir une image de cette beauté infinie dans les réalités terrestres qui nous semblent belles. Pour un chrétien, c'est plus facile, car le reflet divin est particulièrement beau dans son incarnation dans le Christ, ainsi qu'en Marie et tous les saints, même si aucun, ni même l'Eglise du ciel toute entière, ne montre exactement ce qu'est la beauté infinie de Dieu.

Cela dit, on peut se demander comment un Dieu beau par nature peut créer des choses laides comme le mal. Entendons bien qu'aucun être, même terriblement handicapé, n'est en lui-même laid. C'est une déformation de sa nature qui le prive d'une perfection. Mais justement, n'y a-t-il pas une sorte de mal dans les dures lois de la sélection naturelle, qui font que les individus (et les espèces elles-mêmes) les moins bien adaptés aux changements de leur milieu disparaissent inexorablement ? De fait, pour le philosophie, cette loi d'entropie qui veut que tout tend vers la mort ou la désorganisation, la laideur, en somme, reste toujours un mystère. C'est la révélation chrétienne qui permet seulement d'espérer que même les animaux qui meurent survivent (selon certains théologiens franciscains), et à plus forte raison les innocents qui souffrent et meurent injustement. Par contre, au sujet du mal moral, le mal commis par l'homme, le philosophe peut fort bien concevoir qu'il est le produit inévitable de la liberté créée avec lui, et que c'est la liberté qui est belle, par le fait qu'elle rend le bien possible.