L'éthique religieuse

De Ebior

Si l'intelligence, en observant le monde, parvient à trouver que seule une cause supérieure peut en expliquer l'origine, elle en déduira des conséquences "théoriques" - c'est la Science religieuse -, mais aussi pratiques, au plan de la volonté, c'est l'Ethique religieuse.

L'adoration, premier acte de l’éthique religieuse

C'est un acte de justice commu­tative: on reconnaît qu'un Créateur existe et qu'il mérite notre reconnaissance étant donné la beauté de sa création. Cet acte d'adoration est commun aux philosophes, aux animistes, aux musulmans: Dieu y est adoré comme l'Inconnu, ou l'Inconnaissable, à partir de ses oeuvres (philosophes) ou d'une révélation (Islam) ou d'une intuition (animistes); il doit avoir une volonté, étant donné la multiplicité et la beauté de ses oeuvres, mais quelle est son intention ? On l'ignore, on ne peut que se prosterner, dans un geste d'humilité et de soumission (sens du mot islam).

La prière

La prière exprime le désir de nouer une relation avec le Créateur, en sachant qu'il existe mais sans comprendre ses intentions, son but. On aura d'abord une prière de demande (de protection pour nous-mêmes), ensuite de remerciement, même si l'on ne sait pas si on doit la réponse obtenue au créateur ou au hasard; avec le temps, on peut aussi exprimer la louange (l'admiration) pour ses oeuvres ou au contraire la détresse à cause des malheurs.

La vertu de religion

La vertu de religion fait que l'adoration devient comme implicite dans nos activités quotidiennes. Elle améliore la prière, qui, sinon, est souvent limitée à la demande dans la détresse. Elle anoblit les serments solennels qu'on peut faire en invoquant Dieu (comme le mariage), elle pousse à la recherche de contemplation. La perte de la vertu de religion mène au contraire à un sentiment de vanité de la vie. L'intelligence a besoin de savoir à quoi servent finalement nos entreprises, donc elle souhaite cette contemplation. L'amitié structure seulement les trois premiers degrés, la religion vient couronner tout l'édifice, apportant la paix. Elle pacifie donc l'activité humaine, lui ajoute de la sagesse et de la modération. Elle repousse la superstition, l'idolâtrie (les idéologies), le fanatisme religieux (excès de zèle) ou les scrupules religieux (excès du sentiment de ses défauts).

La dévotion

L'enthousiasme de la découverte d'un être premier produit la dévotion, c'est-à-dire des actes religieux concrets comme des pèlerinages ou la lecture de livres religieux. C'est une source d'espoir, car si l'intelligence peut constater un sens à la vie et au monde, elle ne comprend pas pourquoi il y a du malheur. La religion rassure à ce niveau-là. La dévotion est source d'allégresse (par la contemplation) mais aussi de tristesse (devant la mort), car l'esprit humain aspire tout entier à avoir des réponses, il est fait pour avoir ces réponses, mais il ne peut y avoir de révélations au philosophe, il doit attendre la mort pour savoir…

L'espoir religieux et la survie de l’âme spirituelle

Le philosophe qui surmonte le sentiment d'incompréhension devant le mal et la mort, un sentiment qui peut conduire à l'athéisme, attend de toutes ses forces la réalisation de son désir de voir Dieu dans son essence, de comprendre ses intentions et le sort qui arrive aux créatures mortelles, enfin si la morale du bien est confirmée, si le juste avait raison d'être fidèle à la justice et donc si les actes mauvais sont condamnés. Les expériences de mort imminente semblent donner raison à cet espoir.