Philosophies athées

De Ebior

Si l'on reprend les trois questions fondamentales de l'existence, l'athéisme de Feuerbach répond à la question de la nature de l'homme ("qui suis-je ?"), Huxley à la question sur son origine ("d'où est-ce que je viens ?") et Comte à la question sur son futur après la mort ("que puis-je espérer ?").

1) Ludwig Feuerbach (1804-1872) est un ancien théologien, qui se découvre athée en étudiant Hegel. En 1841, dans son livre L'essence du christianisme, il fait pour la première fois une véritable théorie de l'athéisme. Il constate que partout l'homme est religieux. Le christianisme en particulier voit la vie comme un passage avant une union au Créateur, l'âme espère y trouver la béatitude, un état de bonheur sans désirs. Feuerbach connaît bien et cite les écrits mys­tiques. Les autres religions, inférieures de ce point de vue, voient aussi le bonheur pour après la vie ou dans cette vie mais au futur (religion de Moïse). Si le christianisme a réussi contre toute attente, c'est la preuve qu'il répond à un besoin profond du coeur humain. Mais ce besoin est pathologique. L'homme devrait plutôt assumer son caractère mortel et rejeter la religion. Dieu c'est tout simplement l'homme, la projection des désirs les plus profonds de son coeur malade…

2) Thomas Huxley (1825-1895) est un zoologiste réputé, qui radicalise le darwinisme. Alors que Darwin restait prudent sur les mécanismes d'apparition de certains organes, en reconnaissant que sa théorie, en l'absence de preuves, ne pouvait pas tout expliquer, Huxley pense que ce n'est qu'une question de temps, et que l'avenir démontrerait tout ce que nous ignorons encore dans l'évolution des espèces animales et végétales. Quiconque refuse de croire dans le darwininsme (les lois de l'évolution) est, pour lui, un "créationniste" avec qui on ne peut pas discuter sérieusement. Huxley pour expliquer l'origine de l'homme opte décidément pour le strict jeu du hasard (les mutations aléatoires du vivant) et de la nécessité (les conditions de l'environnement), plutôt qu'une finalité imprimée dans le vivant par une cause extérieure.

3) Auguste Comte (1798-1857) croit tellement en la Science qu'il en fait une véritable religion, le Positivisme, la religion du troisième (et ultime) âge de l'humanité, après son enfance "théologique" (la croyance en des forces magiques invisibles) et son adolescence "philosophique" (l'explication par des causes invisibles). Il n'y a rien d'autres que des phénomènes matériels, dont la Science finira par trouver l'explication uniquement par des lois naturelles vérifiables dans l'expérience. Le positivisme est un synonyme de scientisme, qui est proprement une idéologie.

Notons que, même si ces philosophies sont souvent caricaturées au point de devenir des idéologies, tout athéisme n'est pas forcément une idéologie. On peut voir sur la page Science religieuse qu'il peut être, chez certains, une conclusion philosophique sereine ou du moins raisonnable.