Les grands états du texte du Nouveau Testament

De Ebior

Les grands états du texte du Nouveau Testament

Les types de textes grecs

Par rapport aux textes classiques de l'antiquité gréco-romaine, les textes du Nouveau Testament présentent deux caractéristiques uniques :

  • l'ancienneté : si le texte original date du 1e siècle , le plus ancien fragment connu (de Jn : p52) date de 135 environ et les principaux onciaux, Sinaïticus et Vaticanus de 350 environ alors que pour les textes classiques l'écart varie entre 500 ans pour Virgile et 1400 ans pour Tacite !!.
  • l'abondance des témoins connus (3200 témoins sans compter les lectionnaires contre 700 pour Homère !) et des variantes (près de 300 000) rend la recherche du texte original, appelé archétype, pratiquement impossible.

Aussi, les spécialistes de la critique textuelle ont-ils classé l'énorme masse des témoins en familles ou types de texte, correspondant aux travaux de regroupement et de choix de manuscrits effectués dans l'Antiquité, dès le 3e - 4e siècle.

 Deux types principaux

le type byzantin (ou syrien ou impérial)

Transmis par la grande majorité des manuscrits. Originaire d'Antioche puis diffusé par Byzance, ce texte fut utilisé à la Renaissance (Érasme en 1546, Luther) pour établir le texte reçu (textus receptus d' Estienne en 1551 avec la division en versets) qui , jusqu'à la fin du 19e siècle , restera à la base de toutes les éditions.

Habituellement considéré comme médiocre,tardif, trop clair et trop lisse, il est généralement méprisé à l'heure actuelle, sans doute à tort (cf. les travaux de l'école d'Oxford de G.Kilpatrick)

Aujourd'hui encore , les Églises orthodoxes le lisent dans leur liturgie.

Représenté par

  • codex :
    1.  (Évangiles) A, E, F, W (Mt et Lc) principalement et G, H , Kap, N, O, P, Q, S
    2.  (Actes) : Ha, Lap, Papr 
    3.   (épîtres) : 049
    4. (apocalypse) : 046 051 052
  • minuscules : la plupart, indiqués par Byz. dans les éditions savantes 
  • versions :
    1.  syriaque : Peshitta ( syp)
    2. latin : une partie de la Vulgate (vg) 
le type alexandrin (ou égyptien )

Depuis le 19e siècle , il est privilégié par tous les éditeurs (Lachmann, Tischendorf, Wescott-Hort: The New testament in the original greek,1881; ,Nestle : Novum testamentum graece,1898) qui apprécient son souci de classicisme et ses diverses corrections. Il  reste à la base du texte actuel   constitué par le texte identique de Nestle-Aland (United BibleSocieties, 26e édition : 1979; 27e édition : 1993)  et du GNT (The Greek New Testament , 4e édition, 1994). Cette dernière édition, destinée principalement aux traducteurs, fait précéder chaque variante importante d'une lettre, indiquant le degré de certitude, allant de A (texte certain) à D (texte douteux).

Comme certaines variantes du texte byzantin ont été récemment découvertes dans des anciens papyrus, ces deux éditions pratiquent une méthode éclectique : retenir les meilleurs témoins du texte alexandrin, représentant l'état du texte à la fin du 4e siècle, en le combinant avec des variantes plus anciennes, là où la nécessité le fait sentir.

Largement diffusés et utilisés par les traductions  de la TOB et de la Bible de Jérusalem , UBS et GNT constituent le texte standard actuel , dans la même position dominante que l'ancien texte reçu et tout aussi contestable car il ne saurait représenter le texte unique du Nouveau Testament .

Représenté par :

  • À et B principalement
  • évangiles : L, T, W (Jn-Lc), Z, D , X , Y et p66 , p7533
  • actes : CY et p45p5033 , 81
  • Paul : A, C, H , I et 3381 , 1739
  • épîtres catholiques : AC et p20p23 , 33 ,81 , 1739
  • apocalypse : AC

Deux types secondaires :

le type Occidental

( ainsi nommé parce que connu d'abord par le codex D et les Pères latins)  il fait l'objet d'études récentes (Boismard, texte occidental des Actes des apôtres, 1984 ;  Delebecque, Les deux Actes des apôtres, Gabalda,1986;  Amphoux, Codex Bezae,1986) mais reste encore mal connu à cause de sa diversité et de son ancienneté contestée. Les différences avec les autres types apparaissent surtout dans les Actes des Apôtres.

La présence des versions syriaques et d'une multitude de sous-textes nous indiquent que l'expression "texte occidental" est mal choisie mais traditionnelle.

Représenté par 

  • codex : D, Dp, Ea, Ep, Fp, Gp
  • papyrus : p29p38p48
  • minuscules : 6142138
  • versions :
  1. Vieilles latines
  2. nombreuses traductions syriaques
le type césaréen (ou palestinien)

Il s'agit d'un texte connu par Origène qui a travaillé à Césarée de Palestine entre 230 et 250 et cité par lui, mais comme variante par rapport au texte alexandrin qu'il utilise dans ses commentaires.

Représenté par

  1.  deux familles représentées traditionnellement par f1 et f13
  2. 28, 565, 700

La Théorie des six éditions

Il s'agit d'une théorie complexe, développée par Christian-Bernard AMPHOUX,( voir le Monde de la Bible,n°112, juillet-août 1998 ) chercheur au CNRS et professeur à Lyon et à Aix-Marseille I, qui tente de mieux préciser les relations entre les quatre types de texte cités ci-dessus. Elle reste une hypothèse controversée car l'antériorité supposée du texte occidental est loin d'être admise par tous les chercheurs.

  1. Smyrne , vers 120 les Évangiles dans l'ordre Mt-Jn-Lc-Mc selon le type occidental et les Actes selon le codex de Bèze[1]

Smyrne, vers 160 Les épîtres de Paul qui ne comprend pas Hébreux, selon le type occidental

  1. Alexandrie, vers 175 les Évangiles dans l'ordre Mt-Mc-Lc-Jn et les Actes, dans certains anciens papyrus, en grande partie selon le type alexandrin

Alexandrie, vers 180 les épîtres de Paul qui ne contient pas les Pastorales mais bien Hébreux , dans le papyrus p46

  1. Antioche, avant 200 les Évangiles dans l'ordre Mt-Mc-Lc-Jn selon le type césaréen

pendant le 3e siècle : réunion des Actes et des Épîtres

  1. Césarée vers 340 édition du NT dans l'ordre Évangiles-Paul-Actes-Épîtres catholiques-Apocalypse, selon le type alexandrin mais avec des variantes de type alexandrin et césaréen : codex Sinaïticus
  2. Alexandrie vers 340 édition du NT dans l'ordre Évangiles-Actes-Épîtres catholiques-Paul-Apocalypse, selon le type alexandrin "pur" : codex Vaticanus
  3. Antioche vers 380 édition du NT dans le même ordre que ci-dessus , selon le type byzantin pour les Évangiles : codex Alexandrinus

Quelques principes du projet EBIOR-TAL

  • Personne ne possède le texte originel du NT, ni d'aucune oeuvre de l'antiquité classique, d'ailleurs.
  • Rien ne prouve que ce texte originel n'ait jamais existé : les papyrus, la vetus latina et les anciens Pères nous apprennent que dès le départ existait une grande variété textuelle, remplacée au 4e siècle par diverses recensions locales (Alexandrie, Antioche, Césarée... ) pour aboutir finalement à un texte presque unique, le textus receptus au 16e siècle, le texte standard au 20e siècle.
  • Cette situation , passage du multiple à l'unique, est moins paradoxale qu'on pourrait le croire et se retrouve pour d'autres textes : l'Ancien Testament depuis les découvertes de Qumram , le Coran et les textes classiques (cf. Luciano CANFORA, La Bibliothèque d'Alexandrie et l'histoire des textes,CEDOPAL,1992 , p35-36 : l'histoire des textes dans sa première phase n'est pas linéaire mais une réalité profondément polycéphale, où les bibliothèques furent le point de départ de lignes multiplies et entrecroisées) 
  • Le projet EBIOR-TAL n'est pas basé sur  le texte standard
  • parce que celui-ci n'est pas libre de droits.
  • parce qu 'il utilise une méthode éclectique qui laisse le champ libre à la subjectivité: le choix A à D cité ci-dessus est décidé par un vote à la majorité entre cinq personnes !!
  • parce qu'il ne correspond  à aucun texte ayant existé dans l'antiquité. Il s'agit d'une édition moderne savante, respectable pour le travail fourni mais artificielle.
  • parce qu' en conséquence, il n'a jamais été lu par une communauté chrétienne, ancienne ou moderne.

  Préférence est donc donnée à une recension attestée par des témoins anciens, en l'occurrence le type alexandrin et plus particulièrement le codex Vaticanus ( cf. principes du texte gt1)

  • Aucun texte, y compris le Vaticanus, ne devrait être choisi à l'exclusion de tous les autres, si ce n'est pour un motif  pratique de simplicité Or, pour des raisons commerciales ou idéologiques, certains groupes ou éditeurs se basent sur un texte unique , le leur, au point d'estomper ou même de faire disparaître toute la richesse des variantes présentes dans les divers témoins du Nouveau Testament . Aussi le projet EBIOR-TAL pourra dans l'avenir présenter parallèlement, sans tomber dans l'éclectisme, plusieurs textes, en particulier le type occidental de Luc et des Actes des Apôtres

Auteur : Fernand LEMOINE 

©  EBIOR, 06/04/2003

 bible@ebior.org