Ut Unum Sint, Qu'ils soient un

De Ebior

La 12e Encyclique de JEAN PAUL II

Le dynamisme apostolique de JEAN PAUL II ne faiblit pas. Encyclique après encyclique, à l'aube du troisième millénaire, il dessine le sillon, trace le chemin. Dans un esprit d'ouverture et de service il poursuit son enseignement de pasteur universel..

Et ainsi, même en période électorale comme en France, il continue à occuper le terrain médiatique.

Essayons de le suivre, car c'est bien nous qui risquons de nous essouffler à son rythme.

Jean Paul II, à chacun de ses écrits, souligne l'unité, la continuité de son Message et le situe toujours dans la droite ligne dessinée par ses prédécesseurs. il étaye ses paroles sur des citations précises de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. Il n'a garde aussi de rappeler les textes des conciles, notamment de Vatican II, qui ont déjà défini la position de l'Église sur les sujets abordés.

Les censeurs, observions-nous dans un article précédent, lui reprochaient de ne pas avoir suffisamment parlé de l'oecuménisme dans L'Évangile de la vie. En réponse, il lui consacre en ce 25 mai 1995, Jour de l'Ascension, une nouvelle encyclique, QU'ILS SOIENT UN.

Nous sommes en présence d'un texte d'une grande importance. Olivier Clément, théologien orthodoxe, y retrouve l'élan de Vatican II.

Le Métropolite Damaskinos reconnaît de son côté qu' " il constitue un pas courageux et essentiel de l'Église catholique romaine pour renforcer la crédibilité et les perspectives des dialogues théologiques dans le sens du rétablissement de la communion ecclésiale".

Lukas VISCHEZ, réformé, ancien directeur de "Foi et Constitution" au Conseil oecuménique des Églises se réjouit: "Comment ne pas saluer un tel appel ?"

Roger GREENACRE, chancelier anglican de la Cathédrale de Chichester reconnaît: "Il y a une chose dont on ne peut pas se permettre dl' douter: l'authenticité, la profondeur et la passion même de l'engagement oecuménique de Jean Paul II".

L'ouvrage comporte

  1.  Une introduction
  2.  Trois chapitres
    -  Le rappel de l'engagement oecuménique de l'Église catholique
    -  Le constat des fruits déjà obtenus par le dialogue ainsi engagé
    -  Les conditions de la poursuite et de l'intensification du dialogue
  3.  Une exhortation finale.

Il ne saurait être question ici de le résumer.

Je me bornerai à énoncer les lignes de réflexion du Saint Père les plus importantes, avec pour seul objectif de vous inciter à acheter et lire bien vite cette merveilleuse encyclique.

 L'engagement oecuménique de l'Église

Dès le § 6, le Saint Père met en exergue d'entrée la tonalité dominante du texte: "L'unité de toute l'humanité déchirée est voulue par Dieu". A l'heure de sa Passion, Jésus lui-même a prié:

"Pour que tous soient un" (Jn 17 21) § 9.

"La division contredit ouvertement la volonté du Christ et est un sujet de scandale pour le monde et une source de préjudices pour la très sainte cause de la prédication de l'Évangile à toute créature" § 6.

Mais cette recherche de l'unité ne saurait "modifier le dépôt de la foi, changer la signification des dogmes, éliminer des Paroles essentielles, adapter la vérité au goût d'une époque ou abolir certains articles du Credo sous le faux prétexte qu'ils ne sont plus compris aujourd'hui". § 18

 La doctrine doit être présentée d'une manière qui la rende compréhensible... § 19.

Au service de la réalisation de cette unité du Peuple de Dieu, le Pape rappelle:

  •  la priorité de la prière § 21
  •  la nécessité de la prière commune § 22,
  •  l'intérêt insigne de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens § 24,
  •  l'exigence du dialogue oecuménique porté par la prière: "la prière oecuménique (est) au service de la mission chrétienne et de sa crédibilité" §23.

Et "Chacune des parties doit présupposer une volonté de réconciliation chez son interlocuteur, une volonté d'unité dans la vérité". § 29

"Le dialogue est une nécessité explicite, une des priorités de l'Église" § 31.

"Ce dialogue implique un examen de conscience (de tous)", § 33, "et une volonté de conversion" , § 35.

 Les fruits du dialogue

  •  La fraternité retrouvée § 41
  •  la solidarité dans le service de l'humanité § 43
  •  la progression de la conversion et de la communion § 49,

Le Pape examine ensuite chacun des différents dialogues ainsi engagés avec:

  • les Églises d'Orient (orthodoxes), "Églises-soeurs", § 50 à 61
  • les Églises anciennes d'Orient (qui ont contesté les formules dogmatiques des Conciles d'Éphèse et de Calcédoine), § 62 et 63
  • les Églises réformées, § 64,65, 67, 68, 69, 70.

Et Jean Paul II souligne "la portée concrète de ce dialogue au service de la paix mondiale" , § 76.

Il conclut; "Quand notre regard parcourt le monde, la joie emplit mon coeur. Nous constatons, en effet, que les chrétiens se sentent toujours plus interpellés par la gestion de la paix. Ils la considèrent comme liée de près à l'annonce de l'Évangile et à l'avènement du Règne de Dieu". § 76.

 Les conditions de la poursuite et de l'intensification du dialogue

La défense de la vérité, § 79 :

"(Il faut) garder une conception de l'unité qui tienne compte de toutes les exigences de la vérité révélée (ce qui) ne signifie pas qu'on mette un frein au mouvement oecuménique".

 "Le renforcement des liens de la "koinônia" fraternelle.

Ce qui implique un dialogue de conversion, sur la base de relations fraternelles bien différentes d'une entente cordiale ou d'une convivialité toute extérieure". § 82

A ce niveau, Jean Paul II évoque, au § 84, tous les martyrs de la foi chrétienne.

"Nous avons un martyrologue commun. Il comprend les martyrs de notre siècle, bien plus nombreux que l'on pourrait le penser" .

"Bien que de manière invisible, la communion encore imparfaite dans nos communautés est solidement soudée par la pleine communion des saints. Ces saints proviennent de toutes les Églises et communautés ecclésiales qui leur ont ouvert l'entrée dans la communion du Salut."

Enfin, Jean Paul II traite aux § 88 â 96 du rôle spécifique de l'Évêque de Rome.

Au § 97, il précise:

"L'Église catholique dans sa praxis, comme dans ses textes officiels, soutient que la communion des Églises particulières avec l'Église de Rome est une condition essentielle - selon le désir de Dieu - de la communion pleine et visible".

Et relève au § 89 qu'" il est significatif et encourageant que la question de la primauté de l'Évêque de Rome soit actuellement devenue un sujet d'études et un thème essentiel dans les dialogues théologiques que l'Église catholique poursuit avec les autres Églises et communautés ecclésiales".

Aucune autosatisfaction cependant de la part de l'Église.

Jean Paul II rappelle ici le reniement de Pierre, sa faiblesse humaine, et son besoin de conversion. "C'est comme si, à partir de la faiblesse humaine de Pierre, il devenait pleinement manifeste que son ministère spécifique dans l'Église, est entièrement l' oeuvre de la grâce... Le rôle même de Pierre (est) toujours lié à l'affirmation réaliste de sa faiblesse... Il est important d'observer que la faiblesse de Pierre et de Paul montre que l'Église est fondée sur la puissance infinie de la grâce" § 91.

 Exhortation

En conclusion, le Pape s'interroge (au § 102) : "Comment parvenir à la pleine unité du Peuple de Dieu ?" Il répond:

  • par la prière
  • par l'action de grâces "L' esprit vient au secours de notre faiblesse".
  • par l'espérance en l'Esprit...

Cette douzième encyclique de Jean Paul II (chiffre prémonitoire) prépare ainsi la réalisation de la magnifique promesse de JESUS LE CHRIST :

"Il n'y aura plus qu'un seul troupeau et un seul pasteur " Jn 10 16.

Sommes-nous plus proches de ce temps tant désiré que nous n'osons l'espérer? Que Dieu nous soit en aide!

Auteur : Louis LUCROT (AFALE France)

Publié dans l’AFALE Magazine n° 205 de Mai 1995