Marx, Nietzsche, Sartre, Freud

De Ebior

Brève description des quatre pères de l'athéisme pratique, synonyme, chez leurs disciples, d'idéologies.

  1. Karl Marx (1818-1883) est traumatisé par la misère ouvrière de son époque, il constate que partout et toujours, il y a eu des patrons, des chefs, de riches propriétaires, qui exploitaient à leur profit la force de travail des autres, ou qui payaient des gens, comme les religieux, pour "endormir" les travailleurs ("la religion est l'opium du peuple"). C'est particulièrement vrai à son époque, qui est celle du capitalisme ultra-libéral. Dans ce système, on considère que pour enrichir une société, il suffit que les patrons suivent leur profit (en appliquant strictement les lois de l'offre et de la demande), sans penser aux conséquences sociales immédiates; à la fin leur profit enrichira toute la société. L'homme, l'ouvrier, est réduit à une machine, un pur moyen, qui doit couter le moins cher possible. Pour mettre fin à ce système, il n'y a qu'une possibilité: la révolution, en vue d'instaurer une société sans classe, ni patrons ni prolétaires, tout le monde travaillerait pour tout le monde, sans propriété privée. Marx répond au capitalisme en réduisant de la même manière l'homme, la nature humaine, à son travail, et il se trompe radicalement, comme on l'a vu dans les sociétés communistes du XXe siécle (et encore aujourd'hui en Corée du Nord), car l'homme, avant de se donner au bien commun de la société, a un but plus important: sa famille, la sécurité de sa propre famille.
  2. Friedrich Nietzsche (1844-1900). Fils de pasteur mort jeune, élevé par sa mère très pieuse, c'est une âme mystique, un poète; vers 35 ans il est relevé de son enseignement pour raisons de santé, il écrit 10 ans puis sombre dans la folie. Sa pensée est une perpétuelle crise d'adolescence, il prend l'inverse passionnément des valeurs de sa jeunesse. Son style est quasi pro­phétique. Il dénonce la morale comme étant sous-humaine, faite pour des âmes d'esclaves. Or il y a une finalité qui peut porter la grandeur humaine: la volonté de puissance, la création. Cette morale du surhomme est plus forte que l'angoisse de la mort. Important à préciser, celui qui a une morale d'esclave n'a pas à être détruit, il se détruit lui-même… Les nazis détournèrent l'idéologie individualiste de Nietzsche pour en faire une morale exaltant une race contre les autres. Il est clair que Nietzsche a une idée erronée, héritée de son enfance, de la véritable morale chrétienne.
  3. Sigmund Freud (1856-1939) généralise à partir d'un cas particulier, celui des frustrations sexuelles, contre le bon sens élémentaire. Mais à la faveur de mai 68, d'une génération révoltée par les excès d'autorité de la génération précédente, sa pensée s'impose. On se méfiait de la sexualité, c'était un sujet tabou. Il était médecin et travaillait dans des « asiles de fous », des gens sans « surmoi », sans la barrière morale qui fait obstacle aux pulsions inconscientes dans la société bourgeoise de Vienne à la fin du XIXe siècle. Le « moi » au départ est un « ça » indéterminé qui a une pulsion fondamentale, le plaisir, qui est un plaisir sexuel, la libido. Même le bébé a donc ce désir ! Si on trouve cela absurde, c'est qu'on est conditionné par notre « surmoi »… Le « ça » est refoulé durant l'éducation et forme l'inconscient qui apparaît encore dans les rêves ou les maladies psychologiques (névroses et psychoses). Comme il est athée, le désir religieux est vu comme une simple "sublimation" du désir sexuel.
  4. Jean-Paul Sartre (1905-1980). D'abord professeur de Philosophie, sa captivité en Allemagne pendant la guerre est un tournant dans sa vie. Il décide de formuler une philosophie qui soit orientée vers l'action. Il écrit des romans, des pièces de théâtre, qui le rendront très célèbre de son vivant. Il adopte l'idéal marxiste du paradis socialiste, mais son idée de base est que, étant donné l'inexistence de Dieu, la liberté humaine est totale, il peut donc créer lui-même ce qu'il veut devenir. L'existence précède l'essence, c'est-à-dire, il n'y a pas de nature humaine, chacun doit l'inventer par son engagement dans l'existence. Cependant ce n'est pas une liberté anarchique, qui enfermerait l'homme dans l'égoïsme et la solitude. C'est une liberté responsable, car il faut assumer les conséquences de ses actes. "L'existentialisme est un humanisme".