La mission du Christ Rédempteur (II)

De Ebior

Deux ans après son Exhortation apostolique sur LES FIDELES LAICS, donnée à Rome le 30 décembre 1988, JEAN-PAUL II vient le 7 décembre 1990, pour le 25ème Anniversaire du Décret conciliaire "Ad gentes" en la 13ème année de son pontificat, d'adresser à l'ensemble du Peuple de Dieu une nouvelle lettre encyclique sur la valeur permanente de "LA MISSION DU REDEMPTEUR".

Nous vous avons déjà, dans notre numéro précédent, invités à vous procurer ce texte d'Eglise véritablement fondateur et à l'écouter filialement au sein de vos communautés.

Mais il est indispensable, nous semble-t-il - nous nous y étions d'ailleurs engagés et plusieurs d'entre vous nous l'ont rappelé par téléphone - de revenir sur la richesse et l'actualité du document, afin de vous aider dans votre action missionnaire.

Vous savez déjà qu'à l'AFALE nous soulignons, à chaque fois que nous en avons l'occasion, combien l'enseignement de Rome depuis Vatican II, de tous les souverains pontifes qui se sont succédés depuis lors, ne vise qu'à mettre en pratique les exhortations des Pères conciliaires invitant essentiellement tous les baptisés à annoncer l'Evangile à tous leurs frères en humanité.

Et c'est merveille de voir ainsi, en notre temps, l'Esprit à l'oeuvre, jour après jour, au sein de l'Eglise par la voix du Vicaire du Christ !

Certes, bien des lectures de ce texte majeur sont possibles.

Nous vous en proposerons une dans la ligne de notre sensibilité et de notre recherche apostolique spécifique.

Nous rejoindrons ainsi - nous en sommes persuadés - la pensée et la préoccupation première du Saint-Père.

Il s'agit concrètement de la Mission, c'est-à-dire de l'annonce à tous les hommes que le Christ est mort et ressuscité pour les sauver et leur permettre de devenir des saints, de participer dès ce monde à la vie même de Dieu.

Oui, "le salut est destiné à tous et il doit être offert à tous...". Or, "le nombre de ceux qui ignorent le Christ et ne font pas partie de l'Eglise augmente continuellement. Il a presque doublé depuis la fin du Concile. L'urgence de la mission est évidente !" (§ 2)

Mais, comment pratiquement l'exercer aujourd'hui et selon quelles formes ?

Le Pape met en exergue dans ce document trois niveaux :

L'apostolat individuel est premier

 "La Mission concerne tous les chrétiens."(§2)

Et Tous LES LAICS SONT MISSIONNAIRES EN VERTU DE LEUR BAPTEME (§ 71)

 Les papes de ces derniers temps ont beaucoup insisté sur l'importance du rôle des laïcs dans l'activité missionnaire. Dans l'exhortation Christi fideles laici, j'ai, moi aussi, parlé explicitement de " la mission permanente qui est celle de porter l'Évangile à tous ceux - et ils sont des millions et des millions d'hommes et de femmes - qui ne connaissent pas encore le Christ Rédempteur de l'homme"'. La mission concerne tout le Peuple de Dieu

La participation des laïcs à la diffusion de la foi apparaît clairement dès les premiers temps du christianisme, grâce à l'action des fidèles et des familles comme de la communauté tout entière. Pie XII le rappelait déjà en exposant dans sa première encyclique missionnaire l'histoire des missions laïques.(§ 71)

 Ouvrons ici une parenthèse :

Tel était le thème - vous vous en souvenez - de notre 8e Session Nationale d'été, tenue à Ste Foy-lès-Lyon, en août 1984 : Evangélisation et Sacerdoce du peuple de Dieu.

Nous observions alors que dès la Pentecôte, le christianisme est présenté selon une double structure :

  • le kerygme (qui ressort du domaine du Sacerdoce Royal des fidèles), c'est-à-dire l'annonce, de la proclamation que Jésus est le Messie, de la foi en Sa Résurrection, de la certitude du retour du Seigneur à la fin des temps, et du don de l'Esprit comme gage du Royaume à venir, qui dès maintenant, rassemble la communauté des croyants, l'ecclesia.

    Le kerygme, c'est l'annonce de ce que Dieu a fait pour les hommes.

  • la didaché, c'est à dire l'enseignement (attribut du Sacerdoce Ministériel) : la didaché c'est ce que Dieu attend que les hommes fassent pour mériter leur salut.

L'enseignement en effet, est indissoluble de la Foi, puisque l'acte du Sauveur rachetant l'humanité de la mort du péché a pour conséquence certaines obligations pour l'homme : celui qui croit doit adopter un nouveau comportement. Et il appartient à l'Eglise hiérarchique de nous le rappeler à temps et à contretemps.

Car, Sacerdoce Royal des fidèles et Sacerdoce Ministériel sont l'un et l'autre ordonnés à la même Mission. Mais il existe entre eux une différence de nature et non de degrés. Ils sont complémentaires certes, mais aucune confusion n'est possible entre l'un et l'autre.

Fermons ici la parenthèse

JEAN-PAUL II poursuit dans "LA MISSION DU REDEMPTEUR" :

La participation active des missionnaires laïcs, hommes et femmes, n'a pas manqué non plus dans les temps modernes. Comment ne pas rappeler le rôle important tenu par les missionnaires laïques, leur travail dans les familles, dans les écoles, dans la vie politique, sociale et culturelle, et en particulier l'enseignement de la doctrine chrétienne qu'elles assurent ? Il faut même reconnaître - et c'est tout à leur honneur - que certaines Églises sont nées grâce à l'activité des laïcs missionnaires, hommes et femmes.

Le Concile Vatican II a confirmé cette tradition, mettant en lumière le caractère missionnaire de tout le Peuple de Dieu, en particulier l'apostolat des laïcs, et soulignant la contribution spécifique que ceux-ci sont appelés à apporter à l'activité missionnaire.

La nécessité pour tous les fidèles de partager une telle responsabilité n'est pas seulement une question d'efficacité apostolique : c'est un devoir et un droit fondés sur la dignité conférée par le baptême, en raison de laquelle, " les fidèles laïcs participent, pour leur part, à la triple fonction de Jésus Christ : sacerdotale, prophétique et royale". C'est pourquoi ils " sont tenus par l'obligation générale et jouissent du droit, individuellement ou groupés en associations, de travailler à ce que le message divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre : cette obligation est encore plus pressante lorsque ce n'est que par eux que les hommes peuvent entendre l'Évangile et connaître le Christ". En outre, vu le caractère séculier qui leur est propre, ils ont pour vocation particulière de " chercher le règne de Dieu à travers la gérance des choses temporelles qu'ils ordonnent selon Dieu"

 L'apostolat collectif de l'Eglise est nécessaire.

L'un des objectifs de l'encyclique LA MISSION DU REDEMPTEUR, vise à établir un rééquilibrage entre l'action missionnaire personnelle de chaque baptisé, et la Mission spécifique de l'Eglise universelle, ce que le Pape appelle la mission ad gentes (vers les païens).

Le Pape souligne (§34) : Certes, les frontières de la charge pastorale des fidèles, dela nouvelle évangélisation et de l'activité missionnaire spécifique ne sont pas nettement définissables et on ne saurait créer entre elles des barrières ou une compartimentation rigide.

Mais, dire que toute l'Eglise est missionnaire n'exclut pas l'existence d'une mission spécifique ad gentes ; de même, dire que tous les catholiques doivent être missionnaires n'exclut pas mais, au contraire, demande qu'il y ait des "missionnaires ad gentes et à vie" par une vocation spécifique (§ 32).

Car le Seigneur Jésus a envoyé ses Apôtres à toutes les personnes, à tous les peuples et en tous lieux de la terre. Dans la personne des Apôtres, l'Eglise a reçu une mission universelle, qui ne connaît pas de limites et concerne le salut dans toute sa richesse selon la plénitude de vie que le Christ est venu nous apporter (Jn 10,10).

Elle (l'Eglise) a été envoyée pour révéler et communiquer l'amour de Dieu à tous les hommes et à tous les peuples de la terre. Cette mission est unique. L'activité missionnaire (que le Pape appelle la mission ad gentes par allusion au Décret conciliaire) est une activité primordiale de l'Eglise, son activité essentielle et jamais achevée...

En effet, l'Eglise ne peut esquiver la mission permanente qui est celle de porter l'Evangile à tous ceux - et ils sont des millions et des millions d'hommes et de femmes - qui ne connaissent pas encore LE CHRIST REDEMPTEUR de l'homme. (Telle est) la mission que Jésus a confiée et confie chaque jour à son Eglise (§ 31).

Plus loin (au § 62), JEAN-PAUL II insiste encore "L'Eglise est missionnaire par nature". Il observe au § 34 "La participation de cette mission ad gentes vient de ce qu'elle s'adresse à des non-chrétiens."

Et le Pape souligne au § 35 : La mission ad gentes a devant elle une tâche immense qui n'est pas d'arriver à son terme. Au contraire, tant du point de vue numérique. que du point de vue socio-culturel, elle semble destinée à avoir des horizons encore plus étendus.. les difficultés semblent insurmontables et pourraient décourager s'il s'agissait d'une oeuvre purement humaine.

Et au § 37 : A l'évidence, les moyens ordinaires de la pastorale ne suffisent plus, il faut des associations et des institutions, des groupes et des centres de jeunes, des initiatives culturelles et sociales pour les jeunes. Voilà un domaine où les Mouvements ecclésiaux modernes trouvent un ample champ d'action.

La mission ad gentes en est encore à ses débuts (§ 30).

Et chaque Eglise particulière doit s'ouvrir généreusement aux besoins des autres. (§ 64)

Cet équilibre, cette complémentarité recherchés entre la mission personnelle de chaque baptisé et la mission spécifique de l'Eglise universelle sont fortement soulignés dans cette déclaration du Concile que rappelle LA MISSION DU REDEMPTEUR, au § 65 : Bien qu'à tout disciple du Christ incombe pour sa part de répandre la Foi, le Christ Seigneur appelle toujours parmi ses disciples ceux qu'il veut... pour les envoyer prêcher aux peuples païens.

Aussi, par l'Esprit Saint.., inspire-t-il la vocation missionnaire dans le coeur de certains individus et suscite-t-il en même temps dans l'Eglise des instituts qui se chargent d'un office propre de la mission d'évangélisation qui appartient à toute l'Eglise. Il s'agit d'une vocation spéciale, modelée sur celle des Apôtres, concernant en quelque sorte des spécialistes.(§65)

C'est cette préoccupation de la mission ad gentes qui, au siècle dernier, avait suscité par exemple, la "Propagation de la Foi", que nos parents ont si fidèlement soutenue et par leurs prières et par leurs dons généreux.

Cette démarche ecclésiale ad gentes doit aujourd'hui plus que jamais en raison de l'immensité de la tâche, être ressentie par tous comme vitale pour le salut des hommes et la croissance du Peuple de Dieu.

De nos jours le courant porteur va dans le sens de petites communautés d'évangélisation

§ 51 Les communautés ecclésiales de base (connues aussi sous d'autres noms) constituent un phénomène au développement rapide dans les jeunes Églises. Les évêques et leurs conférences les encouragent et en font parfois un choix prioritaire de la pastorale. Elles sont en train de faire leurs preuves comme centre de formations chrétiennes et de rayonnement missionnaire. Il s'agit de groupes de chrétiens qui, au niveau familial ou dans un cadre restreint, se réunissent pour la prière, la lecture de l'Ecriture, la catéchèse ainsi que le partage de problèmes humains et ecclésiaux en vue d'un engagement commun. Elles sont un signe de la vitalité de l'Eglise, un instrument de formation et de l'Evangélisation un bon point de départ pour aboutir à une nouvelle société fondée sur la "civilisation de l'amour".

Ces communautés décentralisent et articulent la communauté paroissiale, à laquelle elles demeurent toujours unies : elles s'enracinent dans les milieux populaires et ruraux, devenant un ferment de vie chrétienne, d'attention aux plus petits, d'engagement pour la transformation de la société. Dans ces groupes, le chrétien fait une expérience communautaire, par laquelle il se sent partie prenante et encouragée à apporter sa collaboration à l'engagement de tous. Les communautés ecclésiales de base sont de cette manière un instrument d'évangélisation et de première annonce ainsi qu'une source de nouveaux ministères, tandis que, animées de la charité du Christ, elles montrent aussi comment il est possible de dépasser les divisions, les tribalismes, les racismes.

Toute communauté doit en effet, pour être chrétienne, s'établir sur le Christ et vivre du Christ, dans l'écoute de la Parole de Dieu, dans la prière centrée sur l'eucharistie, dans la communion qui s'exprime par l'unité du coeur et de l'esprit, et dans le partage suivant les besoins de ses membres(cf. Ac 2, 42-47). Toute communauté - rappelait Paul VI - doit vivre dans l'unité avec l'Eglise particulière et l'Eglise universelle, dans une communion sincère avec les Pasteurs et le magistère, dans un engagement à se faire missionnaire en évitant tout repli et toute exploitation idéologique.

 Et le Synode des Evêques a déclaré :" Puisque l'Eglise est communion, les nouvelles " communautés ecclésiales de base", si elles vivent vraiment dans l'unité de l'Eglise, sont une authentique expression de communion et un moyen pour construire une communion plus profonde. Elles constituent donc un motif de grande espérance pour la vie de l'Eglise".

Pouvions-nous espérer encouragement plus précis et plus vif à poursuivre notre mission ?

Ce qui est merveilleux dans l'Eglise, c'est que les textes du Magistère nous apportent toujours beaucoup plus que ce que nous en attendons et espérons.

Auteur : Louis Lucrot (AFALE France)

Publié dans AFALE Magazine n° 161 , avril 1991

Mise à jour : 25/04/2004