Genèse 1. Calculs des valeurs numériques comparées en hébreu et en grec

De Ebior

Introduction

Pourquoi cette étude ?

Au cours d'un travail, réalisé à Jérusalem il y a quelques années, sur des inscriptions grecques de l'époque byzantine (IVe-VIIe siècle), je me suis rendu compte que certaines inscriptions grecques de cette époque possédaient une sorte de code de lecture sans lequel il était difficile, et parfois impossible, de les comprendre. Dans l'article que j'avais publié alors (L'isopséphie "réduite" à ‘Aïn Fattir et l'Hérodion (église nord): Une hypothèse vérifiée, dans la Revue biblique, 104 (1997), 223-236), outre le "décodage" de deux inscriptions, j'essayais de faire le lien entre ce type d'inscriptions et un procédé de calcul bien connu de certains commentaires juifs, au moins depuis le XIVe siècle, qui le connaissent sous le nom de "nombre petit" (cheshban za‘ir). Cependant, je n'avais pas à cette époque le temps ni les moyens d'avancer beaucoup dans cette étude. Aujourd'hui, je n'ai toujours pas beaucoup de temps mais je dispose d'un outil d'investigation qui facilite beaucoup la besogne, et que je dois à la générosité de Fernand Lemoine, webmaster du site EBIOR.

Pour bien faire, je devrais réaliser cette étude non seulement sur le premier chapitre de la Bible mais sur tout le livre de la Genèse, et même sur toute la Bible, avant d'en venir à des conclusions. Mais, puisque les petits ruisseaux font les grandes rivières, je préfère travailler par étapes, à raison d'un chapitre à la fois, ne sachant pas si je pourrai un jour arriver au bout du travail.

Pour aider à comprendre de quoi il en retourne, il est nécessaire de commencer par quelques explications très générales sur l'histoire des chiffres; pour les termes atbash, guématrie, notarikon, qui ne sont pas sans rapport avec les questions examinées ici, je renvoie à diverses notes de ce site.

À propos des chiffres

Les chiffres se sont introduits dans la civilisation gréco-latine à une époque relativement récente, à partir du Xe siècle environ, par l'intermédiaire des Arabes qui les ont eux-mêmes reçus des Indiens, inventeurs de la numération décimale de position (ainsi que du zéro). Les anciens ne possédaient pas de chiffres. Ceux qui disposaient d'un alphabet, comme les Hébreux et les Grecs, donnaient simplement aux lettres de leurs alphabets respectifs une valeur numérique grâce à laquelle ils désignaient des quantités ou des dates. Il en résulte des difficultés sérieuses pour faire des calculs élevés. Les savants grecs cultivaient plutôt la géométrie, qui appréhende les volumes, que l'algèbre, qui appréhende les nombres, et dont les fondements (comme par exemple la "preuve par neuf" dont nous allons parler plus loin) sont venus d'Orient par le même chemin que les chiffres.

Numération hébraïque et grecque

Chaque lettre en hébreu et en grec a donc une valeur numérique, de même que chaque groupe de lettres : mot, ligne, phrase, paragraphe, chapitre, livre.

En hébreu, les dix premiers nombres (de 1 à 10) sont désignés par les dix premières lettres ; les huit lettres suivantes désignent les dizaines (de 20 à 90) et les quatre dernières lettres respectivement 100, 200, 300 et 400.

Lettre

Nom Valeur Transcription

א


alef

1


--

ב


bet

2


b,v

ג


gimel

3


g

ד


dalet

4


d

ה


5


h

ו


vav

6


w

ז


zaïn

7


z

ח


het

8


h

ט


têt

9


t

י


yod

10


y,i

כ


kaf

20


k,kh

ל


lamed

30


l

ם


mem

40


m

ן


nun

50


n

ס


samekh

60


s

ע


aïn

70


---

ף


80


ph,f

ץ


tsade

90


ts,z,ç

ק


qof

100


q,k

ר


rêsh

200


r

ש


shin

300

s,sh

ת


taw

400

t


Pour arriver à 900 comme en grec, on peut utiliser les cinq lettres qui ont une forme différente à la fin d'un mot de la forme normale (kaf, mem, nun, pé, tsadé) ; mais ce procédé n'est pas attesté à l'époque qui nous intéresse ; l'hébreu biblique s'écrivait d'ailleurs à l'origine dans un alphabet qui a été progressivement remplacé par un alphabet emprunté à l'araméen à partir du retour de l'exil et qui n'a subsisté qu'occasionnellement, à Qumrân par exemple dans la transcription du nom divin; or cet alphabet ne contient pas de graphies différentes pour les cinq lettres en question, de même d'ailleurs qu'en samaritain, qui en est directement issu.

En grec, nous avons le même principe : neuf unités (1-9), neuf dizaines (10-90) et neuf centaines (100-900) ; trois signes qui ne font pas partie de l'alphabet normal sont utilisés dans les numérations pour désigner 6, 90 et 900, et arriver ainsi, comme dans l'alphabet araméen, à 27 signes différents, ce qui permet d'écrire des nombres de trois lettres jusqu'à 999.


Lettre

Nom Valeur Transcription

α


alpha


1


a


β


bêta


2


b


γ


gamma


3


g


δ


delta


4


d


ε


epsilon


5


e


Ϛ


stigma


6


--


ζ


zêta


7


z


η


êta


8


ê


θ


thêta


9


th


ι


iota


10


i


κ


kappa


20


k


λ


lambda


30


l


μ


mu


40


m


ν


nu


50


n


ξ


xi


60


x


ο


omicron


70


o


π


pi


80


p


Ϟ


koppa


90


--


ρ


rhô


100


r


σ


sigma


200


s


τ


tau


300


t


υ


upsilon


400


u


φ


phi


500


ph


χ


chi


600


kh


ψ


psi


700


ps


ω


ômega


800


ô


Ϡ


sampi


900


--



Ces quelques remarques ne disent pas tout mais sont suffisantes pour la question qui nous intéresse ici.

Qu'est-ce que le "nombre petit" ?

On appelle "nombre petit" le procédé de calcul qui consiste à ramener le nombre d'une lettre désignant une dizaine ou une centaine à l'unité correspondante. L'exemple le plus anciennement attesté dans la tradition juive exégétique est du XIVe siècle, autant que je sache. On le trouve dans le Tiqqunei zohar à propos du premier mot de la Bible : בראשית ( lecture de droite à gauche : berêshît = au commencement ; les voyelles e et ê ne sont pas écrites ) a la valeur de 913 quand on additionne les consonnes entre elles (bet + resh + alef + shin + yod + taw : 2+200+1+300+10+400), mais, si l'on ramène les dizaines et centaines (à savoir resh, shin, yod et taw) à l'unité correspondante, nous arrivons à 13. Le commentaire voit un rapport entre ce nombre et celui de 13 mots entre les deux premières mentions du nom divin elohîm (versets 1 et 3 ; on peut trouver des références plus précises à cette source dans mon article, p. 235).

Si cet exemple est relativement tardif, je crois que le procédé a été utilisé dans la tradition juive bien avant le XIVe siècle. Dans un midrash qui se lit dans un ouvrage daté du IVe siècle de notre ère environ, Eykhâ rabbâ (commentaire midrashique du livre des Lamentations), on trouve par exemple - c'est du moins l'exemple le plus ancien que je connaisse dans la tradition rabbinique, mais je ne dis pas que quelque lecteur ne pourra pas m'en trouver un meilleur ! - on trouve donc un rapprochement entre le nom menachem de Lm. 1 16 ("car la consolation est loin de moi") et le nom çèmach de Za. 6 12 ("Voici un homme dont le nom est Germe ; là où il est, quelque chose va germer, et il reconstruira le sanctuaire du Seigneur"). Les commentateurs notent à ce propos que les deux noms ont la même valeur numérique : 138. Mais je note aussi que, par le "nombre petit" (ou "guématrie réduite" comme je dirai aussi dans la suite), cela donne 12. Or je me demande s'il n'y a pas dans la suite du midrash une sorte de jeu d'esprit sur les douze tribus, c'est-à-dire en somme le peuple d'Israël, par rapport à la personne messianique de David, un nom dont la valeur est 14. Après un intermède sur lequel je ne m'arrête pas, le commentaire (dans une couche de transmission moins ancienne, peut-être contemporaine de la compilation au IVe siècle) s'applique à deux autres termes messianiques : shîloh de Gn. 49 10 (donec veniat qui mittendus est), dont la valeur est 345 mais aussi 12 par guématrie réduite, et nehîrâ de Dn. 2 22 ("et la lumière réside auprès de lui") dont la valeur est 266, qui, cette fois, est égal, par guématrie réduite, à David (14). D'où la conclusion du passage, à propos de Ps. 18 51 : "il n'est pas écrit seulement à David, mais à David et sa descendance", c'est-à-dire le peuple de Juda (et d'Israël) et non une personne en particulier, peut-être par allusion polémique au messianisme chrétien. (C'est du moins comme cela que je comprends ce midrash, mais je suis évidemment disposé à corriger mon interprétation si l'on pouvait m'apporter des arguments satisfaisants.)

Une technique bien attestée dans la littérature grecque

Dans la littérature grecque, comme le remarque le dictionnaire de Bailly, le mot πυθμην (puthmèn) peut avoir le sens technique de nombre réduit à l'unité, correspondant donc au "nombre petit" de la tradition juive. Le terme n'apparaît pas dans ce sens avant des écrits de l'école néo-pythagoricienne, d'après l'auteur chrétien de la Réfutation de toutes les hérésies au début du IIIe siècle, ainsi que Jamblique un siècle plus tard, et le néo-platonicien Proclus Diadoque, au Ve siècle, citant des auteurs du IIe au IVe siècle. Mais un raisonnement mathématique où interviennent les valeurs réduites des dizaines et des centaines est donné, à Alexandrie, par Apollonius de Perge dès la deuxième moitié du IIIe siècle av. J.-C., d'après une citation de Pappus d'Alexandrie au IIIe siècle ap. J.-C. (les références à ces auteurs figurent dans l'article cité, p. 230-231). Il ne semble donc pas que le sens technique du mot puthmèn provienne des doctrines arithmologiques chères aux Pythagoriciens, mais plutôt que, au début de l'ère chrétienne, ceux-ci ont adopté une clef de calcul qui leur permettait de trouver dans les noms des dieux du panthéon grec des correspondances intéressantes. On lit par exemple dans le Theologoumena arithmeticæ, qui provient de l'école de Jamblique, un commentaire des dix premiers nombres où chaque dieu est rapproché d'un de ces nombres; j'avoue que je n'ai pas poussé la curiosité jusqu'à la lecture approfondie de cet ouvrage, et je me demande s'il fait ou non une allusion concrète à la méthode des valeurs réduites. Il est par ailleurs fort possible que cette méthode d'interprétation ait été utilisée dans les ouvrages classiques de la paideia grecque, l'Iliade et l'Odyssée, avant d'être transposée à la Bible, mais je dois reconnaître ici aussi les limites de mon travail d'investigation.

Comment procéder concrètement ?

Disons encore un mot sur la façon de calculer avec les valeurs des dizaines et centaines réduites à l'unité. Dans les exemples que nous avons rencontrés , comment écrire les résultats qui dépassent dix ? En fait, si 913 = 13, on peut continuer la réduction en ramenant 900 et 10 à l'unité correspondante qui, additionnée à 3 donne 4. De même, 138 = 12 et 12 = 3; 266 = 14 et 14 = 5. J'ignore comment faisaient les anciens, mais nous qui disposons d'une numération décimale de position, il est très facile, même avec des chiffres élevés, d'arriver au nombre recherché entre 1 et 9. Il suffit d'additionner entre eux les chiffres composant le nombre et même encore plus simplement, selon la technique de la "preuve par neuf", de retirer du nombre toutes les unités qui additionnées entre elles donnent 9 (9998 = 8; de même 72998 = 8; etc.).

Quel texte grec ?

La véritable difficulté du calcul réside en fait dans le travail préalable au calcul, à savoir la "traduction" des lettres en valeurs numériques. Dans le cas d'un verset biblique, le nombre de lettres dépasse régulièrement la centaine, ce qui rend ces calculs très fatigants, et très vite susceptibles d'erreur. Pour le texte hébraïque de la Bible, un outil informatique a été commercialisé depuis déjà assez longtemps, aux États-Unis tout au moins. J'ai utilisé le programme de J. Milgram, Bible Scholar 1.OH, 1993. Ce programme donne aussi d'autres valeurs numériques, mais ces autres possibilités de calcul ne me semblent pas remonter à une époque aussi ancienne que celle qui nous intéresse.

C'est donc ce programme qui m'avait donné l'idée d'entreprendre une recherche comparée avec le texte grec de la Septante. Encore fallait-il disposer d'un outil informatique similaire pour le texte grec. C'est désormais chose faite grâce à Fernand Lemoine, qui s'est montré intéressé par mon projet et qui a réalisé un programme fort simple permettant de convertir les lettres d'un texte grec (en translittération) dans leurs valeurs numériques, normale et réduite.

La difficulté suivante était d'obtenir le texte grec de la LXX. Nous avons désormais un texte translittéré en alphabet latin pour les livres de la Genèse et d'Isaïe. Ce texte est celui de la LXX selon l'édition de Rahlfs, qui s'est servi presque uniquement des trois grands manuscrits onciaux des IVe et Ve siècle: codex Vaticanus (B), Sinaiticus (א) et Alexandrinus (A). Cependant, nous devons tenir compte de toutes les variantes importantes qui se trouvent dans la tradition manuscrite ainsi que les versions et les commentaires bibliques. Pour le livre de la Genèse, ces variantes sont données, avec un texte édité parfois (mais rarement) différent de celui de Rahlfs, par J.W. Wevers, dans la collection de Göttingen (éd. 1974). Donc, quand une recherche sur le texte de l'édition de Rahlfs n'aboutit pas à un résultat satisfaisant, nous devons toujours regarder les variantes, chaque cas devant être ensuite discuté pour lui-même.

Dans le texte hébreu au contraire, les variantes sont très rares: une seule variante consonantique est signalée au ch. 1, au verset 30, où certains manuscrits ajoutent un waw de liaison .

Divisions du texte biblique

Il s'agit donc de comparer les unités du texte biblique les unes après les autres dans le but de savoir si, à moment donné de la rédaction ou de la transmission de la version grecque, des copistes, influencés ou non par leurs collègues païens, se sont servis de la clef de calcul appelé "nombre petit" ou nombre de base (puthmèn). Mais quelles unités de texte ? Il n'est pas du tout certain que la division en versets que nous connaissons aujourd'hui existait déjà au moment de la version grecque. La numérotation des versets, apparue d'abord dans le Vieux Testament latin, est très tardive (XVIe siècle); la division elle-même est attestée dès les plus anciens manuscrits hébreux, mais, pour le livre de la Genèse, cela ne nous fait pas remonter avant le IXe siècle. À l'origine, les divisions du texte biblique en hébreu sont faites à l'aide d'espaces blancs courts (setumôt, littéralement "fermetures") ou longs (petuchôt, "ouvertures"), correspondants plutôt à ce que nous appelons des "paragraphes". Ce mot d'origine grecque désigne d'ailleurs la petite barre horizontale qui se trouve, dans les manuscrits grecs, bibliques en l'occurrence, au début d'une ligne avant laquelle se trouve une césure, indiquée également en principe par un espace blanc. On peut donc se servir de la division en versets comme étant la référence la moins mauvaise pour les comparaisons entre l'hébreu et le grec, mais il ne faut pas s'arrêter à cette forme de division, dans la mesure où elle ne recouvre pas nécessairement la division primitive en "paragraphes".

Une autre division a peut-être existé, ce qu'on appelle en paléographie grecque et latine per cola et commata, ou, en grec, στιχηδον (stichèdon), c'est-à-dire par lignes de sens, par divisions logiques de la phrase, un peu comme les vers d'un poème. Une phrase peut donc être divisée selon ce principe en fonction de la largeur de la colonne sur la page qui sert de support matériel au copiste. Des études très techniques existent sur cette question, car on s'est demandé si la largeur des colonnes dans les anciens manuscrits bibliques ne répondait pas à un nombre maximum de lettres, toujours le même. Mais je ne pense pas que l'on soit arrivé à un consensus; aussi, tout en étant disposé à tenir compte du problème – je serais intéressé de recevoir les avis des spécialistes, s'il s'en trouve parmi les lecteurs de ces pages –, je préfère ne pas m'encombrer d'idées préconçues à ce sujet.

Notons que, dans Gn. 1, le découpement des versets en grec et en hébreu est strictement parallèle.

Division du texte biblique en chapitres


On peut considérer comme un fait établi que, pour la plupart des livres de la Bible, nos chapitres actuels sont issus d'une standardisation des divisions de la Bible latine effectuée dans le cadre de l'Université de Paris par Stephen Langton (futur évêque de Cantorbéry) avant 1209, c'est-à-dire dès la création de celle-ci. La division de Langton a été ensuite légèrement retouchée par les maîtres qui l'ont suivi dans la suite du XIIIe siècle et plus spécialement par le dominicain Hugues de Saint-Cher (futur cardinal) auteur de la première concordance biblique . Il semble bien que pour le placement des articulations de ce sectionnement, Langton s'est inspiré des divisions alcuiniennes et théodulfiennes [VIIIe-Xe s.]. Mais il est probable que des contacts juifs lui aient permis de tenir compte des divisions en parashiyot en des cas où les sectionnements latins antérieurs les avaient ignorées. (D. Barthélémy, Découvrir l'Écriture [Lectio divina, Hors série], Paris, 2000, p. 272-273).
La tradition juive palestinienne, à l'époque classique du judaïsme rabbinique (période des Amoraïm, IIIe-VIe s. environ) connaissait une division en sedarîm, qui s'est transmise aussi dans les grands manuscrits de la Bible massorétique. Un seder correspond à une unité de lecture liturgique (sabbatique en général), comprenant, selon la mishnah (traité Megillah IV 4), un minimum de 21 versets.
Ce dernier système est donc relativement ancien, mais il ne faut pas non plus l'absolutiser. D'autres divisions ont pu exister à une époque encore plus ancienne. Dans ce travail, mon projet est de procéder à une étude pour chaque seder, dont la référence est d'ailleurs bien indiquée dans la traduction de la LXX qui est en cours de réalisation sous la direction de M. Harl.

Suivant : Etude détaillée des versets du premier chapitre de la Genèse


g(u)ématrie ( gematria : "numérologie", du grec geometria ) technique d'exégèse biblique visant à dévoiler la signification profonde des mots et des phrases. A chaque lettre de l'alphabet hébreu correspond une valeur numérique, ainsi qu'à chaque mot , si l'on additionne la valeur des lettres qui le composent. La gematria est l'une des trente-deux règles utilisées pour interpréter la Torah et est surtout répandue parmi les kabbalistes.
Ces principes ont généralement pour but de relier deux passages bibliques pour les interpréter l'un par l'autre. Comme le terme l'indique, la gematriae n'est pas une invention juive : cette technique était déjà utilisée par les Grecs et les Babyloniens (voir ci-dessus). Elle consiste à lire le mot comme un chiffre, et ce chiffre comme faisant allusion à quelque chose de bien précis qui n'apparaît pas au premier regard dans le texte, ou réciproquement (ainsi les 318 serviteurs d'Abraham dans Gn 14 14 seraient en fait un seul: Eliézer, serviteur d'Abraham dans Gn 15 2, dont le nom a la valeur 318).

Le principe de l'atbash ne constitue pas un principe distinct, mais rappelle celui de la guématrie au sens où il attribue à une lettre une autre valeur que sa valeur habituelle, en l'occurrence ici celle de sa place dans l'alphabet. À la première lettre de l'alphabet correspond la dernière , à la deuxième l'avant-dernière, etc. Ce système pourrait paraître quelque peu artificiel si les deux meilleurs exemples ne provenaient de la Bible elle-même, à savoir sheshakh dans Jer. 25 26, équivalant à Babel, et dans Jer 5 11.


Auteur : Stéphane VERHELST

Nationalité belge résidant en Suisse

Licencié en Philosophie et en Philologie biblique (1987); Docteur en Philosophie (2000);

Actuellement (2002) chercheur indépendant sur un projet subsidié par le Fonds national suisse de la recherche scientifique; livre à paraître prochainement dans la collection "Textes et études liturgiques" de l'Université catholique de Louvain (KUL): Les traditions judéo-chrétiennes dans la liturgie de Jérusalem, spécialement dans la Liturgie de saint Jacques frère de Dieu.

À plus long terme: ne sait pas Je cherche un poste dans le domaine de la recherche ou de l'enseignement, de préférence sur des sujets comme ceux qui sont évoqués dans le livre ou dans ces pages. À bon entendeur salut !

Adresse Internet: projet2003@yahoo.fr

© EBIOR, 18/04/2003