Quelques études bibliques sur la Résurrection en général

De Ebior

L'importance de la Résurrection du Christ

La victoire sur la mort est le critère absolu de la véracité de la mission de Jésus. Aussi les derniers jours de sa vie occupent une large place dans les Évangiles :

Matthieu : 2 chapitres sur 28 ; Marc : 6 chapitres sur 16 ; Luc : 5 chapitres sur 24; Jean 10 chapitres sur 21 soit un total de 23 chapitres sur 89 ou près de 25 %.

Le mot résurrection se retrouve plus de 110 fois dans le Nouveau Testament. Citons, en dehors des évangiles, les Actes des Apôtres aux chapitres 1, 2, 4, 17, 23, 24 et 26 (l'entrevue avec le roi Agrippa); l'épître aux Romains ( chapitres 1 et 6); la 1ère épître aux Corinthiens (chapitre 15 "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine" au verset 17); celle aux Philippiens (chapitre 3); la deuxième à Timothée (chapitre 2); la première lettre de Pierre ( chapitres 1 et 3); l'épître aux Hébreux (chapitres 6 et 11); l'Apocalypse (chapitre 20).

C'est sur les événements de la Passion, de la Mort et de la Résurrection que se fonde la foi chrétienne énoncée dans le Symbole des Apôtres : "A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux ,est assis à la droite du Père".

Études des passages bibliques mentionnant la résurrection

Les deux tableaux suivants rassemblent plus de soixante-dix passages des évangiles où il est question de résurrection. Il s’agit uniquement de dénotations, c’est-à-dire d’affirmations implicites provenant de discours ou de récits concernant des personnages précis :

  • Le Christ
  • Ses disciples, collectivement ou individuellement (Pierre, Thomas)
  • Une autre personne (Nicodème, disciples d’Emmaüs, Marthe, Marie de Magdala)
  • La foule

Remarquons

  1. que le narrateur n’apparaît que très rarement pour commenter le texte (lettre C) ce qui donne à ces passages évangéliques une allure de chronique assez sèche.
  2. Que le signe + indique une position favorable à la Résurrection : il s’agit uniquement d’anticipations provenant de Jésus lui-même et de lui seul
  3. Que le signe - indique une position défavorable à la Résurrection provenant des apôtres ou d’autres personnes : aucune anticipation n’apparaît, ni dans les récits ni dans les discours.
  4. Que le signe N indique une position neutre

Dans les Évangiles synoptiques

Les Évangiles synoptiques et la Résurrection


 

Discours Récit

Matthieu

Marc

Luc

         
+ D 16,21 Jésus : première annonce de sa mort et de sa résurrection 8,31 Jésus : première annonce de sa mort et de sa résurrection 9,21  Jésus : première annonce de sa mort et de sa résurrection
- D 16,22 Pierre : refus de l’annonce précédente 8,32 Pierre : refus de l’annonce précédente  
N D 16,23 Jésus : rejet de Pierre 8,33 Jésus : rejet de Pierre  
         
+ R 17,1-2 Jésus : Transfiguration 9,2-3 Jésus : Transfiguration 9,28-29 Jésus : Transfiguration
- D 17,4 Pierre : préoccupation au sujet des tentes 9,5 Pierre : préoccupation au sujet des tentes 9,33 Pierre : préoccupation au sujet des tentes
- C 17,6 narrateur : peur des apôtres 9,3 narrateur : Pierre ne sait pas ce qu’il dit et a peur 9,33 narrateur : Pierre ne sait pas ce qu’il dit et a peur
+ D 17,8 Jésus : retour d’entre les morts 9,9 Jésus : retour d’entre les morts  
- R   9,10 apôtres : incompréhension 9,36 apôtres : silence
         
+ D 17,22-23 Jésus : deuxième annonce de sa mort et de sa résurrection 9,31 Jésus : deuxième annonce de sa mort et de sa résurrection 9,44 Jésus : deuxième annonce de sa mort
- C 17,23 apôtres : tristesse 9,32 apôtres : incompréhension 9,45 narrateur : incompréhension des apôtres 
         
+ D 20,18-19 Jésus : troisième annonce de sa mort et de sa résurrection 10,32-34 Jésus : troisième annonce de sa mort et de sa résurrection 18,31-33 Jésus : troisième annonce de sa mort et de sa résurrection
         
- C     18,34 narrateur : incompréhension des apôtres 
         
- C 22,23 narrateur : les sadducéens nient la résurrection 12,18 narrateur : les sadducéens nient la résurrection 20,27 narrateur : les sadducéens nient la résurrection
+ D 22,30-32 Jésus : affirmation de la Résurrection 12,25-27 Jésus : affirmation de la Résurrection 20,36-38 Jésus : affirmation de la Résurrection
         
+ D 26,24 Jésus : affirmation de sa mort comme annoncée dans les Écritures 14,21 24 Jésus : affirmation de sa mort comme annoncée dans les Écritures  
+ D 26,32 Jésus : allusion à sa résurrection 14,28 Jésus : allusion à sa résurrection  

LA RÉSURRECTION

- D 28,17 apôtres : après les apparitions de Jésus en Galilée,

doute pour certains

16,11 apôtres : ne croient pas Marie de Magdala 24,11 apôtres : ne croient pas les femmes qu’ils considèrent comme folles
- R     24,12 Pierre : étonnement devant le tombeau
- D   16,12 apôtres : ne croient pas non plus deux autres disciples 24,21-24 disciples d’Emmaüs : doute
N D   16,14 Jésus  à ses apôtres : reproches 24,25 Jésus  aux deux disciples : reproches
+ R     24,31-33 les deux disciples et les apôtres reconnaissent la résurrection du Seigneur
+ R     24,36 Jésus : apparition aux apôtres
- D     24,37 apôtres : frayeur et doute
N D     24,38 Jésus à ses apôtres : reproches
+ R     24,39 Jésus : montre son corps
- R 28,17 apôtres : après les apparitions de Jésus en Galilée,

doute pour certains

  24,37 apôtres : étonnement et doute
+ D     24,38 Jésus : explication à ses disciples
+ R 28,17 apôtres : après les apparitions de Jésus en Galilée,

prosternation pour certains

  24,39 apôtres : prosternation devant Jésus


Dans l’évangile de Jean

L'évangile de Jean et la Résurrection


 

Références

Discours / Récit

Acteurs

Description

         
+ 3,14 D Jésus à Nicodème  allusion à l’élévation du Fils de l’homme
+ 7,33 D Jésus à la foule   allusion à son retour auprès du Père (mort et résurrection)
+ 8,28 D Jésus à la foule   allusion à l’ élévation du Fils de l’homme
N 11,24 D Marthe à Jésus  La Résurrection au dernier jour
+ 11,25-26 D Jésus à Marthe  Affirmation de la vie éternelle
+ 12,23 D Jésus aux Grecs   allusion à la allusion à la gloire du Fils de l’homme
+ 12,32 D Jésus à la foule  allusion à l’élévation sur la croix et à la gloire
- 12,34 D foule  incompréhension

LA RÉSURRECTION

+ 20,8 R Jean croit en voyant le tombeau
- 20,9 C narrateur les apôtres n’avaient pas compris la résurrection
- 20,14 R Marie de Magdala  ne reconnaît pas Jésus ressuscité
+ 20,17 D Jésus à Marie  demande d’annonce aux apôtres
+ 20,18 D Marie de Magdala  reconnaissance de Jésus et annonce de la résurrection aux Onze
+ 20,19 R Jésus apparition aux apôtres sauf Thomas 
+ 20,20 R apôtres joie de revoir Jésus
- 20,25  D Thomas doute
+ 20,26-27 R Jésus  apparition aux apôtres y compris Thomas 
+ 20,28 R D Thomas reconnaissance de Jésus et profession de foi
+ 21,4 R Jésus apparition au bord du lac
- 21,4 D narrateur Les apôtres ne reconnaissent pas Jésus
+ 21,7-12 R apôtres  reconnaissance de Jésus ressuscité
+ 21,14 C narrateur Jésus est apparu trois fois à ses disciples


Dans les évangiles synoptiques, les apôtres sont décrits comme refusant dans un premier temps les annonces de la mort et de la résurrection de Jésus. Ce n’est qu’après les événements de Pâques qu’ils ont compris les déclarations de leur maître, facilement chez saint Jean, plus difficilement chez saint Luc et avec un doute persistant chez saint Matthieu et chez saint Marc, ce qui est quand même étonnant. Saint Jean l’affirme nettement en 20,9 bien que ce soit la foule qui joue leur rôle dans son évangile.

Il n’y a donc aucune reconstruction postérieure de la part de la tradition et des évangélistes. Les apôtres et la foule ainsi que Marthe sont présentés comme réagissant selon la foi juive de leur époque, qui attend la résurrection générale aux derniers temps mais restent incrédules devant une résurrection individuelle immédiate. L’exception des sadducéens est également notée dans les évangiles. Ce n’est qu’après Pâques que les apôtres basculeront dans la foi chrétienne, ce qui correspond au vécu de leur cheminement spirituel. Il aurait été facile aux auteurs du Nouveau Testament d’anticiper cette foi en plaçant, avant Pâques, dans la bouche des apôtres, des paroles de compréhension et de reconnaissance des affirmations de Jésus. Cela aurait eu en outre l’avantage de les présenter sous un aspect plus favorable, comme moins obtus et moins bornés. Mais tel n’est pas le cas.

Il est donc simpliste de considérer les évangiles, ainsi qu’on le fait habituellement, comme des témoignages de foi transposant à priori des conceptions postpascales. Cela n’est vrai que des connotations ajoutées par les évangélistes eux-mêmes aux récits et discours qu’ils ont recueillis des apôtres, directement ou indirectement. Mais les récits et discours respectent l’ordre chronologique et psychologique des événements survenus. Ne confondons pas les dénotations, c'est-à-dire le signifié directement accessible avec les connotations en tous genres, généralement symboliques, déduites le plus souvent par le lecteur lui-même.

Les linges funèbres du Christ dans les évangiles


La dépose de Jésus de la croix


Mt 27,59-60

59 καὶ λαβὼν τὸ σῶμα ὁ Ἰωσὴφ ἐνετύλιξεν αὐτὸ ἐν σινδόνι καθαρᾷ, 60 καὶ ἔθηκεν αὐτὸ ἐν τῷ καινῷ αὐτοῦ μνημείῳ ὃ ἐλατόμησεν ἐν τῇ πέτρᾳ,

CRAMPON

59 Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul sans tache, 60 et le déposa dans son sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler dans le roc;


SEGOND

59 Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc, 60 et le déposa dans un sépulcre neuf (NOUVELLE SEGOND : « pur », avec « propre » comme autre traduction), qu'il s'était fait tailler dans le roc.


TRADUCTION OFFICIELLE DE LA LITURGIE

59 Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf 60 et le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc


TOB

59 Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul propre 60 et le déposa dans le tombeau tout neuf qu’il s’était fait creuser dans le rocher


JERUSALEM

59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre 60 et le mit dans le tombeau neuf, qu’il s’était fait tailler dans le roc


TRADUCTION DE CLAUDE TRESMONTANT

59 et il a pris le corps, Ioseph, et il l’a enveloppé dans une toile de lin pure, 60 et il l’a déposé dans son tombeau nef qu’il a fait creuser dans la roche


La diversité des traductions concernant la caractéristique du linceul est étonnante :  sans tache (CRAMPON), blanc (SEGOND), neuf (LITURGIE), propre (TOB, JERUSALEM, note de la Nouvelle SEGOND), pur (Nouvelle SEGOND, TRESMONTANT).

Or le grec καθαρος , en première signification, signifie bien « pur , sans mélange » comme l’indique le dictionnaire grec-français du Nouveau Testament de CARREZ et MOREL qui parle de pureté rituelle. En effet, la loi juive interdisait formellement de combiner, dans un même vêtement ou tissu, le lin provenant d’une plante et la laine provenant d’un animal. C’est la règle de la sha’atnez, énoncée en Deutéronome 22,11. Aussi les traductions de TRESMONTANT et de la Nouvelel SEGOND sont les seules correctes, les autres se rapprochant fort d’un faux sens. car il ne s’agit pas seulement d’un linceul neuf ou propre, comme si à cette époque, des linges de seconde main ou tout sales étaient utilisés pour un ensevelissement ! Cette précision permet de mettre en évidence la piété des disciples qui ont utilisé un linceul rituellement pur ainsi qu’un tombeau n’ayant jamais servi. Autrement les  tombes déjà existantes d’un autre tombeau auraient été souillées par l’ajout du cadavre impur d’un homme crucifié.

Cette diversité de traductions erronées est le résultat de la non prise en compte des coutumes juives et du sens technique des mots grecs utilisés dans les évangiles.


Mc 15,46

46 καὶ ἀγοράσας σινδόνα καθελὼν αὐτὸν ἐνείλησεν τῇ σινδόνι καὶ ἔθηκεν αὐτὸν ἐν μνημείῳ ὃ ἦν λελατομημένον ἐκ πέτρας,

CRAMPON

46 Ayant acheté un linceul, il le descendit, l'enveloppa dans le linceul, le déposa dans un sépulcre qui avait été taillé dans le roc,


SEGOND

46 Et Joseph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix, l'enveloppa du linceul , et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc.


NOUVELLE SEGOND

46 Et Joseph, ayant acheté un drap descendit Jésus de la croix, l'enveloppa du drap , et le déposa dans un tombeau taillé dans le roc.


Les autres traductions françaises sont semblables aux précédentes


Lc 23,53

53 καὶ καθελὼν αὐτὸ ἐνετύλιξε σινδόνι καὶ ἔθηκεν αὐτὸ ἐν μνήματι λαξευτῷ, οὗ οὐκ ἦν οὐδεὶς οὐδέπω κείμενος·

CRAMPON


53 il le descendit, l'enveloppa d'un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis.


SEGOND

53 Il le descendit de la croix, l'enveloppa d'un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis.


NOUVELLE SEGOND

53 Il le descendit de la croix, l'enveloppa d'un drap, et le déposa dans un tombeau taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis.


Les autres traductions françaises sont semblables aux précédentes.

Les évangiles synoptiques, mais non saint Jean, utilisent systématiquement le mot grec σινδων pour désigner une toile de lin servant aussi bien de vêtement comme en Mc 14,51 ou de linceul comme en Mt 27,59 ; Mc 15,46 et Lc 23,53. Ce mot, d’origine sémitique, se retrouve en hébreu, en ancien français (sydoine) et en italien moderne (sindone). Ce dernier terme, utilisé exclusivement pour le linceul de Turin, est à l’origine de l’expression française, courante mais erronée, de Saint-Suaire.

Ce dernier terme transcrit en réalité le grec σουδάριον ( latin sudarium) utilisé en Lc 19, 20 (« Seigneur, voici votre mine que j'ai tenue serrée dans un linge » ), Jn 11,44 (« Et Lazare sortit,  le visage enveloppé d'un suaire « )   et en Ac 19,12 où il désigne une serviette ou un mouchoir (« si bien que même on appliquait sur les malades des mouchoirs ou des tabliers qui avaient été pris sur le corps de Paul « ).

Jn 19,40

40ἔλαβον οὖν τὸ σῶμα τοῦ Ἰησοῦ καὶ ἔδησαν αὐτὸ ἐν ὀθονίοις μετὰ τῶν ἀρωμάτων, καθὼς ἔθος ἐστὶ τοῖς Ἰουδαίοις ἐνταφιάζειν.

CRAMPON

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent dans des bandelettes, avec les aromates, selon la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs.


SEGOND

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs.


NOUVELLE SEGOND

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et le lièrent de bandelettes, avec les aromates, comme les Juifs ont coutume d'ensevelir.


TOB

40 Ils prirent donc le corps de Jésus et l’entourèrent de bandelettes avec des aromates, selon la manière d’ensevelir des juifs


JERUSALEM

40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec des aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les juifs


TRADUCTION DE CLAUDE TRESMONTANT

40 Ils ont pris le corps de Ieschoua et ils l’ont serré dans une tunique de lin, avec les baumes, comme c’est la coutume chez les Judéens lorsqu’ils mettent les morts dans un tombeau.


Au sépulcre


Lc 24,12

12 ὁ δὲ Πέτρος ἀναστὰς ἔδραμεν ἐπὶ τὸ μνημεῖον, καὶ παρακύψας βλέπει τὰ ὀθόνια [κείμενα] μόνα,

Ce verset est absent de certains manuscrits de la Vetus Latina et présente des variantes  ailleurs comme l’omission du mot entre crochets


CRAMPON

12 Pierre partit et courut au sépulcre; et, se penchant, il vit les bandelettes seules


SEGOND

12 Mais Pierre se leva, et courut au sépulcre. S'étant baissé, il ne vit que les linges qui étaient à terre;


NOUVELLE SEGOND

12 Mais Pierre se leva, et courut au sépulcre. S'étant baissé, il ne vit que les bandelettes ( Note : traduction incertaine on pourrait traduire plus vaguement les linges) qui étaient à terre


TOB

12 Pierre cependant partit et courut au tombeau ; en se penchant il ne vit que les bandelettes


JERUSALEM

12  Pierre cependant partit et courut au tombeau . Mais, en se penchant, il ne vit que les linges


TRADUCTION OFFICIELLE DE LA LITURGIE

 12 Pierre cependant courut au tombeau ; mais, en se penchant il ne vit que le linceul


TRADUCTION DE CLAUDE TRESMONTANT

Et Keipha le rocher il s’est levé, il a couru au tombeau, il s’est penché pour regarder et il a vu la toile de lin toute seule


Ici aussi, un mot grec (ὀθόνια) est traduit de plusieurs manières : bandelettes (CRAMPON, TOB), bandes (SEGOND), linges (SEGOND, JERUSALEM), linceul ou toile de lin (LITURGIE, TRESMONTANT). Remarquons que ce mot est traduit différemment dans l’ancienne traduction de Segond, selon qu’il s’agit de l’évangile de saint Luc ou de saint Jean. La même diversité se retrouve dans les dictionnaires : « bandelettes » chez CARREZ et MOREL, « linen cloth – vêtement de lin" ou  « wrapping – quelque chose qui entoure ou qui enveloppe) dans le Greek-English Dictionary de l’United Bible Societies (UBS).

Ce mot ὀθόνια est souvent considéré comme un diminutif de ὀθόνη (« fine toile de lin ») au neutre pluriel d’où la signification courante de « bandelettes ». Mais celles-ci, à la différence des momies égyptiennes, n’étaient pas utilisées par les Juifs dans leur mode d’ensevelissement. Et Jésus a été enseveli « selon la coutume des Juifs »  (Jn 19,40).

De même, dans le passage consacré à la résurrection de Lazare (Jn 11,44) , saint Jean utilise un autre terme, χεῖρα pour désigner les bandes qui servaient à lier les poignets et les pieds du défunt.

La traduction par « linceul » ou « toile de lin », quant à  elle, reste  possible ;  dans ce cas, ὀθόνια et σινδων, non utilisé par saint Jean, seraient deux termes synonymes. C’est d’ailleurs le cas dans la traduction grecque (LXX) du livre des Juges , chapitre 14 : le premier mot est utilisé au verset 12 et le second au verset 13 avec apparemment le même sens.

Mais la signification la plus probable reste celle de  »linges », comme le proposent la Bible de JERUSALEM et la note  de la Nouvelle SEGOND (mais non la traduction reprise), c’est-à-dire l’ensemble du linceul, des bandes de fixation et de l’éventuelle mentonnière autour de la tête. C’est l’interprétation du Père LAVERGNE (revue Sindon, Turin, 1961) reprise par Piero OTTAVIANO, Les fondements du christianisme, 2005, traduit et publié par les Éditions Salvator en 2009.  En effet, un papyrus grec (Gk 627), conservé à la Bibliothèque Rylands à Manchester et provenant d’Égypte, a été publié en 1952 : il comporte une liste d’articles de blanchisserie où apparaissent les termes ὀθόνιῶν  au génitif pluriel sans indication de nombre ainsi que le mot σινδόνια au nominatif suivi du nombre quatre et le mot στιχαρια (« tuniques ») au nominatif suivi du nombre trois. On peut en déduire que le mot ὀθόνια est un terme générique, regroupant tous ceux qui le suivent.  

Jn 20,5-7 (les mots en rouge font l'objet d'une étude approfondie qui suit)

5καὶ παρακύψας βλέπει κείμενα τὰ ὀθόνια, οὐ μέντοι εἰσῆλθεν. 6 ἔρχεται οὖν Σίμων Πέτρος ἀκολουθῶν αὐτῷ, καὶ εἰσῆλθεν εἰς τὸ μνημεῖον καὶ θεωρεῖ τὰ ὀθόνια κείμενα, 7 καὶ τὸ σουδάριον, ὃ ἦν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς αὐτοῦ, οὐ μετὰ τῶν ὀθονίων κείμενον, ἀλλὰ χωρὶς ἐντετυλιγμένον εἰς ἕνα τόπον. 8 τότε οὖν εἰσῆλθε καὶ ὁ ἄλλος μαθητὴς ὁ ἐλθὼν πρῶτος εἰς τὸ μνημεῖον, καὶ εἶδε καὶ ἐπίστευσεν·

CRAMPON

5 Et, s'étant penché, il vit les bandelettes posées à terre; mais il n'entra pas.

6 Simon-Pierre qui le suivait, arriva à son tour et entra dans le sépulcre.

7 Il vit les bandelettes posées là, et le suaire qui couvrait la tête de Jésus, non pas posé avec les bandelettes, mais tout enroulé à part dans un autre endroit.


SEGOND

5 s'étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n'entra pas.

6 Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre; il vit les bandes qui étaient à terre,

7 et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part.


NOUVELLE SEGOND

5 Il se baisse (Note : autre traduction « regarde attentivement », voit les bandelettes qui gisent là, pourtant il n’entra pas.

6 Simon Pierre, qui le suivait, arrive. Entrant dans le tombeau,  il voit les bandelettes qui gisent là,

7 et le linge qui était sur la tête de Jésus, ce linge ne gisait pas avec les bandelettes mais il était roulé à part dans un autre lieu. (Note : littéralement un [seul] lieu)


TOB

5 Il se penche et voit les bandelettes  (Note le mot grec othonia signifie soit des bandelettes, soit une pièce de lin servant à ensevelir les morts) qui étaient posées là.

6 Arrive à son tour, Simon Pierre qui le suivait ; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là

7 Et le linge qui avait recouvert la tête, celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes mais il était roulé à part, dans un autre endroit


JERUSALEM

5 Se penchant, il aperçoit les linges, gisant à terre ; pourtant, il n’entre pas

6 Alors arrive aussi Simon Pierre qui le suivait ; il entra dans le tombeau et il voit les linges gisant à terre

7 ainsi que le suaire qui avait recouvert sa tête, non pas avec les linges; mais roulé à part dans un endroit


TRADUCTION OFFICIELLE DE LA LITURGIE

5 En se penchant, il voit que le linceul est resté là; cependant il n’entre pas

6 Simon Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau et il regarde le linceul resté là

7 et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place


TRADUCTION DE CLAUDE TRESMONTANT

5 Et il s’est penché et il a vu qu’elle se tenait [debout] la tunique de lin mais cependant il n’est pas rentré

6 alors est arrivé Shiméon Pierre qui le suivait et il est entré dans le tombeau et il a regardé la tunique de lin qui se tenait [debout]

7 et aussi le linge pour s’essuyer la sueur qui était sur sa tête il ne se tenait pas [debout] avec la tunique de lin mais à part il était enroulé dans le lieu unique [le tombeau]


Ce texte de saint Jean, seul évangéliste et apôtre présent au Golgotha, est certainement le plus important de tous. Il émane d’un témoin oculaire qui a donné une description précise des conséquences du coup de lance donné par un soldat.

Malheureusement, les traductions françaises divergent souvent, en distinguant deux groupes de linges :

  1. d’une part, des bandelettes (CRAMPON, NOUVELLE SEGOND, TOB), des liens pour attacher (SEGOND), des linges (JERUSALEM), un linceul (LITURGIE), la tunique de lin (TRESMONTANT). Ceux-ci sont dits « posés par terre (CRAMPON, SEGOND, JERUSALEM), « posés là » (NOUVELLE SEGOND, TOB, LITURGIE), « se tiennent debout (TRESMONTANT).
  2. d’autre part, « un suaire » (CRAMPON, JERUSALEM), « un  linge sur la tête » (SEGOND, TOB, LITURGIE), « un linge pour essuyer la sueur »  (TRESMONTANT).  Celui-ci est présenté comme » enroulé à part dans un autre endroit » (CRAMPON, TOB), « plié dans un lieu à part » (SEGOND), « roulé à part dans un endroit » (JERUSALEM), « roulé à part à sa place (LITURGIE), « enroulé à part dans le lieu unique (TRESMONTANT).


Quelques notes philologiques permettront de mieux préciser la traduction :

ὀθόνια : un linceul ou des linges plutôt que des bandelettes, comme expliqué ci-dessus

κείμενα : participe parfait du verbe d’état κεῖμαi, qui signifie littéralement « être placé, se trouver ». La position précise provient du contexte comme en Jn 2,6 : « les jarres de pierre se tiennent droites » ou en Jn 20,12 « où on avait déposé (= allongé) le corps de Jésus ». La précision « par terre » est une interprétation qui ne s’impose pas nécessairement ; en effet, c’est l’explication la plus banale mais d’autres explications restent possibles. Notons de plus que le parfait, en grec, marque le résultat présent d’une action passée.

σουδάριον : un mouchoir pour essuyer la sueur comme expliqué ci-dessus

ἐντετυλιγμένον :  ici aussi, un participe parfait, pouvant être traduit « continuant à être enroulé, comme il avait été mis » Le même verbe se retrouve en Mt 27,59 mais à l’aoriste indiquant uniquement une action d’envelopper le corps, sans signification de continuation

εἰς ἕνα τόπον : littéralement «  dans un endroit », un représentant l’adjectif numéral et non l’article indéfini inexistant en grec.  Cette expression peut signifier « dans un [seul] endroit « , ou « dans un [même] endroit « ou « dans un [unique] endroit «   mais non « dans un [autre] endroit « , comme le comprennent un grand nombre de traductions. La divergence entre la traduction et la note de la NOUVELLE SEGOND est un bel exemple de contre-sens.

καὶ εἶδε καὶ ἐπίστευσεν :  saint Jean utilise le verbe πίστεύω au sens de  »croire  en quelque chose de surnaturel » et non simplement de « se fier à quelqu’un ». Remarquons que les deux verbes sont au temps aoriste, indiquant une action du passé, achevée actuellement et qu’ils sont encadrés par la conjonction de coordination  καὶ. Cette construction (et … et) souligne la simultanéité, dans le passé, des deux actions, voir et croire.  De plus, la même situation concernant saint Pierre est rendue par un seul verbe   θεωρεῖ   («  il observe , il examine).


Pour reprendre le verset 7 du chapitre 20 de l’Évangile selon saint Jean,

  • qu’a cru l’auteur ?
  1. Marie-Madeleine qui avait suggéré l’enlèvement du cadavre (interprétation de saint Augustin). Dans ce cas, Pierre et le disciple que Jésus aimait n’ont compris l’Écriture que bien plus tard
  2. à la Résurrection que Jésus avait annoncée pour lui-même (interprétation des saints Cyrille d’Alexandrie et de Jérusalem). Dans ce cas, le disciple bien-aimé comprit l’Écriture au moment même où il vit les linges dans le tombeau.

 Cette interprétation, renforcée par l’expression grecque analysée ci-dessus, est proposée par Piero OTTAVIANO, Les Fondements du Christianisme et parait la plus vraisemblable.

qu’a vu l’auteur ?

Piero OTTAVIANO, Les Fondements du Christianisme, pages 107-117 propose une hypothèse possible mais invérifiable.

Dans le tombeau, le corps de Jésus a été enveloppé dans un linceul et le suaire, décrit au verset 7, aurait servi de mentonnière. Lors de la Résurrection, le corps serait passé à travers le drap et le suaire. Ce dernier, plus rigide, serait resté enroulé à l’intérieur du drap, à sa place, en formant un petit monticule. En voyant cela, Jean crut à la Résurrection car quelqu’un, emportant le cadavre, n’aurait pas pu laisser les linges dans cet état.

De même, les traces de sang laissées sur le Linceul de Turin ne permettent pas d’expliquer comment le corps s’est détaché du linceul.


Claude TRESMONTANT, Les Évangiles, O.E.I.L-F.-X. de Guibert, 1991, propose également une hypothèse possible mais tout aussi invérifiable.

Le linceul, vidé de son contenu à la Résurrection, se tenait debout tout seul (grec κείμενα), encore enserré dans les liens mais affaissé sur lui-même. Alors, à cette vue, Jean crut immédiatement et comprit que le tombeau, lieu du passage de la mort à la Résurrection du Christ, était devenu « un endroit unique » où il pouvait entrer sans se souiller puisqu’il ne contenait plus de cadavre.

Selon les études récentes, l’image du Linceul de Turin ne peut s’obtenir qu’en position verticale du corps car il n’y a aucune pression au niveau des épaules ou du bas du dos. De plus, les cheveux tombent comme si la tête avait été en position droite ou flottant en état d’apesanteur.

En conclusion, ce n’est pas seulement la découverte du tombeau vide mais aussi la disposition incompréhensible des linges sépulcraux qui a frappé les disciples ; Pierre les a observé mais n’a rien compris ; Jean, lui, les a vu et a cru dans la parole du Christ.

Il faut reconnaître que la description des versets 6 et 7 n’est pas très claire et peut mener à diverses interprétations divergentes. Mais s’il s’agissait uniquement d’un tombeau vide, pourquoi saint Jean rapporte-t-il tous ces détails au lieu de dire simplement « Il n’y a rien dans le tombeau »  ? Parce que le disciple bien-aimé a fait une expérience indicible, au-delà des mots, qu’il doit transmettre à tous.

 

Textes supplémentaires


La résurrection de Lazare en Jn 11,44

44 καὶ ἐξῆλθεν ὁ τεθνηκὼς δεδεμένος τοὺς πόδας καὶ τὰς χεῖρας κειρίαις καὶ ἡ ὄψις αὐτοῦ σουδαρίῳ περιεδέδετο.

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge


Les noces de Cana en Jn 2,6

6 ἦσαν δὲ ἐκεῖ ὑδρίαι λίθιναι ἓξ κείμεναι, κατὰ τὸν καθαρισμὸν τῶν Ἰουδαίων

Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs


La manifestation de Jésus à Marie-Madeleine en Jn 20,12

12ὡς οὖν ἔκλαιε, παρέκυψεν εἰς τὸ μνημεῖον καὶ θεωρεῖ δύο ἀγγέλους ἐν λευκοῖς καθεζομένους… , ὅπου ἔκειτο τὸ σῶμα τοῦ Ἰησοῦ.

Et elle vit deux anges vêtus de blanc, … assis à la place où avait été mis le corps de Jésus


Les différentes résurrections mentionnées dans la Bible

Résurrecteur

Ressuscité

Références

Corps ressuscité

Intervalle de temps entre mort et résurrection

Prophète Élie

par la puissance de Dieu

Fils de la veuve de Sarepta

1R 17,17-24

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Peu de temps

Prophète Élizée

par la puissance de Dieu

Le fils de la femme sunamite

2R 4,32-37

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Quelques heures

Les os du prophète Élizée

par la puissance de Dieu

L'homme qui fut jeté dans la tombe d'Élisée

2R 13,20-21

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Inconnu

Prophète Ézéchiel en vision

par la puissance de Dieu

"Une très grande armée"

Ez 37,1-10

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

De nombreuses années puisque les ossements sont desséchés

Jésus par la puissance de Dieu

Lazare

Jn 11,1-44

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Quatre jours avec décomposition du corps

idem

Fils de la veuve de Naïm

Lc 7,11-15

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Quelques jours puisqu'on le portait en terre

idem

Fille de Jaïros, chef de la synagogue

Mt 9,18 et 23-26

Mc 5,22-43 et 5,35-43

Lc 8,41-42 et 8,49-55

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Quelques heures

Par la puissance de la Trinité

Jésus

Mt 28,1-8

Mc 16,1-8

Lc 24,1-11

Jn 20,1-13

Corps glorieux, immortel

Trois jours

Pierre par la puissance de Dieu

Tabitha (ou Dorcas), femme dans la ville de Joppé

Ac 9,36-43

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Un jour (?)

Paul par la puissance de Dieu

Un jeune homme dans la ville de Troas

Ac 20,9-10

Corps mortel qui doit mourir à nouveau

Quelques minutes

Dieu

Tous les morts

Dn 12,2

Jn 5,28-29

Ac 24,15 et 21

Ap 20,13

Corps glorieux, immortels

De la mort de chacun à la fin des temps


Rappelons les diverses étapes de la mort :

La mort apparente (ou catalepsie): un individu, sans être mort , en présente tous les signes extérieurs , en particulièrement le ralentissement extrême des fonctions vitales : respiration , activité cardiaque. Une réanimation est encore possible

La mort clinique : cessation complète et prolongée des fonctions vitales, en particulier de l'activité consciente (coma). Aucune réanimation naturelle n'est possible car le cerveau est atteint mais des moyens artificiels peuvent permettre une réanimation limitée.

La mort individuelle : le cerveau et le système nerveux sont détruits ainsi que la majorité des tissus et des organes. Des moyens artificiels permettent une culture de tissus, sans plus.

La mort totale : destruction totale de toutes les cellules . C'est le début  du processus de décomposition qui peut durer plusieurs années.

Dans une perspective classique, il s'agit d'un processus continu, irréversible et bien évidemment involontaire. Toutefois les critères de distinction entre les différentes phases varient selon les époques et les milieux médicaux. De plus, l'existence de cas extrêmes (comme le retour à la vie de Jérôme Génin le 30 avril 1623 le lendemain de sa noyade dans le Fier en invoquant le bienheureux François de Sales , mort l'année précédente et dont le corps s'est de lui-même embaumé en odeur de sainteté - au sens propre ! - ) a conduit certains auteurs comme Hubert LARCHER aux notions symétriques de biostase - vie suspendue ou mort apparente - état réversible et parfois volontaire, et de thanatose - vie apparente ou mort suspendue - état irréversible. Ces deux états peu étudiés et manifestés par l'arrêt des fonctions organiques et la conservation du corps perturbent nos conceptions habituelles sur la frontière entre la vie et la mort.

Bien que les textes bibliques cités ci-dessus parlent dans tous les cas de mort et de résurrection , on peut distinguer différents degrés :

  • la majorité des situations comme le fils de la veuve ou la fille de Jaïros où il pourrait s'agir de réanimation au sens moderne du terme (phase 1 ou même biostase) puisque l'intervalle de temps depuis la mort se limite à quelques heures ou quelques jours. Toutefois la science actuelle ne pourrait obtenir les mêmes résultats que Jésus par la puissance de sa Parole et de ses gestes.
  • le cas de Lazare où la décomposition est clairement attestée (phase 4) et donc la mort assurée : il s'agit bien ici d'une résurrection dans un corps semblable. Cependant , comme dans les cas précédents, le ressuscité doit son retour provisoire à la vie à l'intervention d'une puissance extérieure (un prophète, le Christ) et cela pour une période de temps limitée, avant de mourir pour de bon comme tous les autres humains.
  • le cas de Jésus qui ressuscite de sa propre puissance en union dans la Trinité avec le Père et avec l'Esprit , d'une manière définitive et dans un corps nouveau et immortel , appelé le corps glorieux.
  • enfin, la résurrection générale du genre humain dans un corps glorieux, elle aussi définitive, mais sans cadavres ni ossements encore existants, à la différence des autres résurrections.

Les témoins des apparitions du Ressuscité

Personnes

Mt

Mc

Lc

Jn

Ac

1Co

Des femmes

28,9

 

 

 

 

 

Marie de Magdala et l'autre  Marie

 

16,9

 

20,11-18

 

 

Les deux disciples d'Emmaüs

 

16,12(?)

24,13-32

 

 

 

Tous les apôtres sauf Thomas

 

 

 

20,19-23

 

 

Les Onze

28,16

16,14

24,36-51

20,25-29

1,2-3

13,31

15,5

Pierre

 

 

24,34

21,15

 

15,5

Pierre, Thomas, Nathanaël, Jacques, Jean et deux autres disciples au bord de la mer de Galilée

 

 

 

21,2

 

 

Cinq cents personnes

 

 

 

 

 

15,6

Jacques

 

 

 

 

 

15,7

Étienne (en vision)

 

 

 

 

7,55-56

 

Paul (en vision et en audition)

 

 

 

 

9,3-16 et 27

22,6-11

26,12-18

15,8


Propriétés du corps ressuscité ( = glorieux) de Jésus

Propriétés du corps ressuscité de Jésus

Matthieu

Marc

Luc

Jean

Actes

L'apparition présente une forme humaine normale: elle respire

28,17

 

24,15

20,22

1,3

Le corps est solide, palpable, chair et os

28,9

 

24,40

20,20

 

Les traces de la crucifixion subsistent

 

 

24,39

20,20

20,27

 

L'aspect de Jésus a changé et le rend méconnaissable

 

 

24,16

20,14

21,4

 

L'apparition parle : ses disciples le reconnaissent lorsqu'il parle

28,9

28,10

28,18-20

16,15-18

24,17

24,44-49

20,16

21,15

1,4-6

9,4-6

22,7-10

26,14

Il mange (du poisson) ou touche de la nourriture

 

 

24,42-43

21,13

10,41

Il ne doit pas être touché

 

 

 

20,17

 

Le corps apparaît

28,9

16,12

24,36

20,19

20,26

 

Le corps disparaît

 

 

24,31

 

 

L'apparition peut passer à travers les murs

 

 

 

20,19

20,26

 

L'apparition ne se produit qu'en un lieu à la fois

+

+

+

+

+

L'apparition se produit en différents lieux, devant différents témoins

+

+

+

+

+

Il s'élève dans les airs par ses propres moyens.

 

16,19

24,51

 

1,9


On pourrait discuter indéfiniment de la bonne foi des évangélistes et de la véracité de leurs affirmations. Mais leurs textes sont clairs et précis : acceptons-les tels quels, sans présupposés.

Lors de la première apparition à Marie de Magdala, Jésus semble refuser le contact ce qui indiquerait que le processus de résurrection n'est pas encore terminé.

Par contre, dans les apparitions suivantes, la matérialité du corps de Jésus est non seulement attestée mais encore soulignée par des détails concrets :

  1. Jésus marche, discute et se met à table avec les disciples d'Emmaüs.
  2. Les saintes femmes lui baisent les pieds.
  3. Jésus parle à ses disciples et mange du poisson avec eux.
  4. Il oblige Thomas à toucher les plaies de ses mains et de ses pieds.

Ces descriptions ne peuvent pas être confondues avec l'apparition de fantômes , d'ectoplasmes sans consistance, ou d'images holographiques (en relief) : Jésus lui-même insiste sur ce point en Lc 24,39. D'ailleurs le fait que l'apparition ne s'effectue qu'en un seul endroit à la fois confirme cette constatation.

Remarquons que cette matérialité semble réservée au corps glorieux du Christ pour la durée s'étendant de la Passion à l'Ascension comme une anticipation de la résurrection générale et ne se retrouve pas par la suite , les autres apparitions se présentant sous une forme seulement lumineuse, purement énergétique. Ce point mériterait une étude plus approfondie mais citons par exemple :

  • les anges qui ont pris un aspect humain près du tombeau  (Lc 24,2)
  • les apparitions postérieures du Christ lui-même , à Paul dans les Actes (Ac 9,3) et à d'autres saints et saintes comme Marguerite-Marie Alacoque et sœur Faustine
  • les apparitions de sainte Thérèse d'Avila , morte en 1582, en état de biostase et de thanatose

Deux autres constatations étranges méritent d'être signalées :

  1. Jésus, s'il n'apparaît pas comme un fantôme mais comme un être humain "ordinaire" voire banal, n'est toutefois pas reconnu immédiatement par les siens qui le prennent pour quelqu'un d'autre. C'est à ses gestes et à ses paroles qu'il est reconnu en tant que tel. De plus il est ressuscité avec ses plaies. Nous pouvons donc en conclure que le corps glorieux conserve la personnalité et le vécu somatique antérieurs mais sous un aspect extérieur légèrement différent.
  2. Par contre, le corps glorieux possède également des caractéristiques semblables à celles des fantômes et à des manifestations constatées chez de nombreux saints et saintes : apparition et disparition instantanée, passage à travers la matière, affranchissement des lois de la pesanteur. Signalons au passage que la lévitation est un phénomène bien attesté (près de deux cents cas sont connus) mais avec retour sur terre dans tous les autres cas ! Ce sont des propriétés nouvelles, paranormales qui viennent s'ajouter aux propriétés physiques "normales".

Un dernier point : si les Écritures affirment notre résurrection corporelle à la fin des temps, elles n'affirment pas que notre futur corps glorieux possédera à l'identique toutes les propriétés de celui du Christ. Il n'est pas sûr que nous passerons nous aussi à travers les murs !

En 1566, le Pape PIE IV fit rédiger à l’intention des curés de paroisse, le catéchisme du Concile de Trente, quatre ans après la clôture du concile du même nom. On y trouve , au § 3, Qualités des corps  ressuscités, la conception traditionnelle de l’Église concernant le corps après la Résurrection . Elle se base sur un texte de saint Paul en 1Co 15,42-44 :
« 42 Ainsi en est-il pour la résurrection des morts. Semé dans la corruption, le corps ressuscite, incorruptible;
43 semé dans l'ignominie, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force;44 semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y aussi un corps spirituel. »

Quatre propriétés sont reconnues aux corps ressuscités :

  • l’impassibilité soit la préservation du mal, de la douleur et de la corruption . Rien ne pourra leur nuire (cf. verset 42). Le terme d’impassibilité a été préféré à celui d’incorruptibilité car les damnés , tout en possédant un corps incorruptible, subiront de nombreux tourments
  • la clarté qui rendra les corps aussi lumineux que le soleil. Saint Paul, à ce sujet,   parle de la gloire de Dieu (cf. verset 43 partie 1) que  les Hébreux virent sur le front de Moïse, de son retour avec son entretien avec Dieu  « 29 Moïse descendit de la montagne de Sinaï; Moïse avait dans sa main les deux tables du témoignage, en descendant de la montagne; et Moïse ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante pendant qu'il parlait avec Yahweh. 30 Aaron et tous les enfants d'Israël virent Moïse, et voici, la peau de son visage rayonnait; et ils craignirent de s'approcher de lui ». (Exode 34,29-30).

Cependant, tous n’auront pas le même degré de clarté ainsi que l’affirme aussi  Saint Paul en Co 45,41-42  «  autre est l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, et autre l'éclat des étoiles; même une étoile diffère en éclat d'une autre étoile.  42 Ainsi en est-il pour la résurrection des morts. »

  • l’agilité qui délivre le corps de tout poids et qui le conduit où bon lui semble (cf. verset 43 partie 2)
  • la subtilité qui rend le corps entièrement soumis à l’âme (cf. verset 44).

Remarquons que le corps du Christ possédait ces propriétés  dès sa vie terrestre avant sa mort et qu’il les a utilisés quand il l’a décidé 

  • l’agilité puisqu’il  a échappé aux foules (Lc 4,29-30) et qu’il  a marché sur les eaux (cf. Mt 14,22-32).
  • la clarté lors de l’épisode de la Transfiguration (Mt 17,2) qui illustre parfaitement les paroles mêmes du Christ : « Les justes brilleront comme le soleil dans le Royaume de mon Père ».
  • l’impassibilité, par contre, n’a a jamais été utilisée par le Christ qui a voulu  souffrir et mourir comme n’importe quel homme, sans recourir à la puissance de son Père ( « Ou penses-tu que je ne puisse pas recourir à mon Père, qui me fournirait sur   l'heure plus de douze légions d'anges ? en Mt 26,53).

Par privilège spécial, il en va de même pour de nombreux saints . Citons le don d’ubiquité de Sainte THERESE d’AVILA ou de Saint Padre PIO, l’insensibilité à la flamme d’une bougie et le corps resté intact chez sainte BERNADETTE, entre autre.
Voilà la destinée de notre corps, que nous aurons à la fin des temps.

Quant à la présence ou l'absence des organes sexuels, puisque la reproduction sera devenue inutile, le pape Jean-Paul II dans son enseignement sur la théologie du corps a insisté sur le fait qu'après la résurrection, nous resterons des hommes et des femmes. Nos corps porteront toujours les signes de la masculinité et de la féminité et seront donc sexués. Mais le fait d'être homme ou femme ne s'exprimera plus par la fécondité charnelle car la communication de l'homme à Dieu sera parfaite dans "la vision béatifique". 

Mise à jour : 02-avril-2009

Auteur : Fernand LEMOINE