Les reliques dans l'Église catholique

De Ebior

On a pu vénérer à Paris les reliques de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, du Padre Pio, de Saint François de Salles et de Sainte Marguerite-Marie tout au long de la "Toussaint-2004".

Qu'est-ce qu'une relique ?

Les reliques ont de tout temps tenu une grande place dans les Églises chrétiennes. Elles sont de deux sortes : les corps ou ce qu'il en reste, les objets qui ont servi aux martyrs (tels la Croix du Christ, la sainte Couronne d'épines), qui ont approché les saints (l'écritoire de Sainte Thérèse), et les étoffes qui les ont touchés,

Dès l'origine du christianisme, les textes révèlent l'importance que l'on porte aux corps des apôtres et des disciples du Christ (Saint Pierre à Rome, Saint Jacques à Compostelle, Saint Thomas à Goa).

Peu à peu les chrétiens prennent l'habitude de se retrouver à Rome autour des tombeaux des martyrs pour fêter leur naissance définitive dans le ciel. On se fait enterrer tout proche d'eux (près de la grotte de Sainte Madeleine dans l'église Saint Victor à Marseille, du tombeau de Sainte Agnès dans la catacombe Saint Callixte à Rome ou de la basilique de Saint Denis pour les rois de France).

Les miracles et grâces insignes se multiplient bientôt, suscitant une immense espérance auprès des pauvres et de ceux qui souffrent de mille maux. Les saints et les martyrs deviennent ainsi rapidement des modèles et des intercesseurs auprès de Dieu,

Au 4° siècle.

La promulgation de l'édit de Milan en 313 par l'empereur Constantin abolit les persécutions, et donne aux chrétiens la liberté de pratiquer leur religion, et apporte une période de paix. Ils peuvent alors construire sans risque des monuments funéraires sur les tombeaux des martyrs les plus vénérés, pour les prier publiquement et bénéficier de leur protection.

S'ils célèbrent de grandioses liturgies dans les grandes basiliques qui s'édifient peu à peu telle Saint Jean de Latran, ils ne manquent pas de continuer à se rassembler sur les tombes des martyrs. Ils construisent alors monuments, églises et basiliques dont le centre est un autel bâti sur la tombe du martyr, afin de relier le sacrifice du saint à celui du Christ, ce qui nécessite parfois des travaux considérables. Ainsi à Rome pour l'édification de la basilique Saint Pierre construite sur le tombeau même de Saint Pierre.

Les dévotions attachées aux reliques se propagent très rapidement dans toute la chrétienté, car les chrétiens veulent la protection de ces imitateurs du Christ. Les missels liturgiques de cette époque recommandent de garder l'usage qui consiste à déposer sous l'autel à consacrer (coutume respectée encore aujourd'hui dans la pierre d'autel) des reliques de saints, même non martyrs.

Au 7° siècle.

Les invasions barbares entraînent vols et pillages. A Rome, on décide alors de rassembler dans quelques églises les précieux ossements des saints et martyrs restés jusqu'alors dans les catacombes.

En France, face aux invasions normandes, on ramène à Lutèce (qui s'appellera bientôt Paris), de nombreuses reliques normandes et bretonnes, les chrétiens ayant pris conscience de la valeur de leurs reliques et des bienfaits qu'elles apportent à ceux qui les possèdent et les vénèrent.

La vénération des reliques s'étend bientôt aux fondateurs d'églises locales, tel Saint Martial à Limoges, Saint Martin à Tours, aux mystiques, aux ascètes, aux Pères du désert, et aux saints, saint Martin à Tours, sainte Geneviève à Paris.

Crise du protestantisme.

Face aux protestants qui remettent notamment en cause la dévotion que les chrétiens portent aux saints et à leurs reliques, le concile de Trente (1545) affirme que :

"Les saints qui règnent avec le Christ offrent à Dieu leurs prières pour les hommes. Il est bon et utile de les invoquer humblement et, pour obtenir des bienfaits de Dieu par son Fils Jésus-Christ qui, seul, est notre Rédempteur et Sauveur, de recourir à leurs prières, leur aide et leur assistance. Par eux, Dieu accorde de nombreux biens aux hommes".

A propos des reliques, le Concile de Trente précise :

"Non qu'on croie qu'en elles il y ait du divin ou quelques vertus qui justifieraient leur culte, ou qu'on doive leur demander quelque chose, ou qu'on mette fermement sa confiance en elles - ce qui arrivait aux païens qui mettaient leur espérance dans les idoles. Mais parce que l'honneur qu'on leur rend remonte aux modèles originaux qu'elles représentent. Aussi, à travers les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons, c'est le Christ que nous adorons et les saints dont elles portent la ressemblance que nous vénérons".

La dévotion accordée aux reliques se poursuit jusqu'à nos jours. Celles-ci nous rappellent que notre Église est composée d'hommes et de femmes réels, qu'elle fut fondée au long des siècles, et encore de nos jours, sur le sang versé des martyrs et les vies offertes d'une multitude de saints et de saintes, parfois obscurs. Et que, par leur intercession si efficace et si douce, nous sommes appelés à être nous aussi, comme le disait Saint Pierre "des pierres vivantes".

A quoi servent les reliques et quel est leur sens ?

Nos saints laissent passer dans leurs reliques une étincelle de l'amour de Dieu.

Les reliques donnent du sens, à notre foi, à notre vie, à nos difficultés qu'ils ont rencontrées eux aussi, en un mot, ils sont proches de nous.

A Saint-Pierre de Rome, sur le tombeau de saint Pierre, devant l'autel de la Confession, se trouve une petite armoire dans laquelle on trouve les "palliums" (bandes de laine blanche avec croix noire que portent nos archevêques).

Ces palliums sont des reliques. Remis aux archevêques, ils soulignent leur lien avec le pape, successeur de Pierre.

Les reliques peuvent être aussi une aide dans la foi. Combien de personnes qui se posent mille questions ou traversent une nuit spirituelle profonde, ont mieux compris, en vénérant les reliques de sainte Thérèse ou de sainte Bernadette leur vie et leur mission. 11s en ont été éclairés et ont reçu d'elles le courage de les imiter. Les exemples abondent.

Demander ainsi l'intercession des saints nous aide réellement à avancer dans la foi.

Lorsqu'on vénère une relique, on peut demander que l'amour et les vertus dont témoignent les saints et les saintes nous prennent tout entier et nous permettent, avec la grâce divine, de pouvoir les imiter, tels par exemple l'amour de Dieu pour sainte Thérèse, l'amour des pauvres pour Saint Vincent de Paul et Mère Térésa, l'ardeur missionnaire pour saint François-Xavier.

Qui vénère les reliques ?

Les petits, les pauvres, les humbles, "ceux à qui le Seigneur révèle les secrets du Royaume", ont une grande vénération pour les reliques. Les autres n'en ont pas besoin. Trop pleins d'eux-mêmes, ils ricanent souvent devant la piété des simples. Qu'importe !

N'est-ce pas eux à qui le Royaume dont les saints apportent un témoignage si constant et si vivant est promis ?

Oui. La vénération des reliques nous invite à une confiance toujours plus grande, à une plus grande humilité et à un amour plus grand.

Auteur : Père Joseph CHONÉ

Paru dans l'AFALE Magazine, n° 294, novembre 2004