Derniers temps-1

De Ebior

Les derniers temps (eschatologie) : partie I

Définition

Le mot eschatologie vient du grec eschatos, dernier. L'eschatologie est donc la doctrine des derniers temps, des derniers événements, de la fin du monde.

On distingue :

l'eschatologie individuelle

le sort de l'individu après la mort. Nous n'en parlerons pas ici, puisque cette question est traitée dans notre cours sur l'au-delà ;

l'eschatologie générale

les signes des temps, le retour du Christ, le Millénium, la résurrection, le jugement final, l'éternité... C'est de ces questions que nous traitons ici.

Aux origines : l'Espérance de l'Ancien Testament

Le peuple d'Israël avait, par ses prophètes, un certain nombre d'attentes pour son propre avenir et pour l'avenir du monde, ceci dès une époque fort ancienne. Ce trait est sans parallèle (sauf peut-être dans l'Iran ancien, mais là une influence israélite est possible). Israël croit en un Dieu unique, qui dirige l'histoire des hommes et qui a fait à son peuple des promesses précises. L'avenir est ouvert et chargé d'espérance, parce que nombre de ces promesses ne se sont pas encore accomplies (à cette époque).

On peut regrouper ces promesses en 7 thèmes, énumérés ci-dessous.

  attente d'un rédempteur à venir

Voir Gn 3 : 15,] 49 : 10, 2 S 7 : 12-13. Celui qui doit venir sera de la tribu de Juda et plus précisément un descendant du roi David, ce qui lui donnera le droit de régner sur Israël. C'est pourquoi on l'a bientôt appelé le « Messie », terme qui, en hébreu, signifie « oint »: les rois d'Israël recevaient l'onction d'huile lors de leur intronisation. Certains textes précisent que par ce rédempteur c'est Dieu lui-même qui vient vers son peuple : Es 7 : 14, 9:5. D'autres précisent qu'il viendra comme un serviteur souillant et humilié (Es 53). Es 42:6 ajoute qu'il apportera la lumière aux nations païennes, et pas seulement à Israël.

  venue du Royaume de Dieu

Le Royaume doit s'étendre sur la terre entière, et pas seulement sur Israël, dont Dieu était déjà (théoriquement) le roi. Dn 2 parle d'un royaume qui mettra en pièces tous les autres, et ne sera jamais détruit. Dn 7 : 13-14 en décrit le roi sous l'image du Fils d'Homme (reprise plus tard par Jésus, qui s'appelait lui-même « le Fils de l'Homme »).

  attente de la nouvelle alliance

Le rapport entre Dieu et Israël était un rapport d'alliance. Dieu, le suzerain, avait traité alliance avec son vassal Israël. Cette alliance était régie par la Loi donnée au Mont Sinaï à Israël via Moïse. Elle avait abouti à l'échec à cause de l'infidélité d'Israël (surtout l'idolâtrie). Jr 31 promet l'instauration d'une alliance nouvelle où tous les membres du peuple connaîtront Dieu personnellement.

  attente de la restauration d'Israël

A cause des péchés d'Israël, Dieu lui avait fait perdre son indépendance politique, et ce peuple, dès 721, a commencé à être dispersé parmi les nations, comme les prophètes l'avaient annoncé depuis Moïse. Mais ces prophéties contiennent aussi des promesses de restauration d'Israël : (Jr 23:3, Es 11:11.) Le retour partiel dans leur pays après l'Exil à Babylone (- 538) n'est pas considéré comme la réalisation finale de ces prophéties, car la promesse de la restauration est répétée par Zacharie, prophète postérieur au retour de l'Exil (Za 8:7-8, 10:6, 8-10). On notera que les promesses de restauration ne s'appliquent pas à la totalité d'Israël, mais seulement à un reste purifié (Ez 36:24-28), qui aura un coeur nouveau par la présence du Saint-Esprit.

  L'effusion du Saint-Esprit

Voir Joël 2:28-29 : l'Esprit de Dieu sera répandu sur toute chair : il ne se limitera plus, comme dans l'AT, à ceux qui ont la charge de fonctions précises (rois, prêtres, prophètes), mais touchera tous les membres du reste purifié, et effectuera en eux un renouvellement spirituel et moral.

  le Jour du Seigneur

Il y aura un jour de jugement de Dieu contre les pécheurs, en Israël et dans le monde entier (Es 13 : 9-11, So 1 : 14-15), qui sera en même temps le jour du salut pour les fidèles (Ml 4:2).

7) les nouveaux cieux et la nouvelle terre

Voir Es 66:22. Il y a une relation entre la vie morale de l'homme et la nature ; la terre doit donc participer à la rédemption finale. Le désert refleurira, le monde animal vivra en paix...

Aucune précision n'est donnée sur le moment de la réalisation de ces promesses.

La nature de l'Eschatologie du Nouveau Testament

L'eschatologie du Nouveau Testament est caractérisée par une double orientation :

a) l'essentiel de l'attente de l'AT est déjà réalisé dans le salut que Jésus-Christ est venu accomplir pour les siens.

b) mais la réalisation complète de ce salut déjà présent dépend d'une série d'événements encore futurs.

Bref il y a un « déjà » et un « pas encore ». Les temps de la fin sont déjà inaugurés, par la Résurrection de Jésus-Christ (prémices de la nôtre, I Co 15:20, 23) et par la venue du Saint-Esprit (acompte de la vie à venir, Rm 8:23-25) ; ils nous garantissent que la suite viendra, à la fin des temps de la fin...

  Le « déjà ».

De nombreux passages du NT montrent que la prophétie de l'AT est déjà accomplie en Jésus-Christ (ex. : Jn 19:33-37, Mt 2:5-6, etc.). Jésus lui-même affirme que son pouvoir de chasser les démons est la preuve que le Royaume de Dieu est bien venu par Lui (Mt 12:28) ; Jésus et le Royaume sont synonymes (comparer Mt 19:24 et Lc 18:25). Et lorsque le Saint-Esprit vient, Pierre affirme qu'il s'agit de la venue promise des « derniers temps» (Ac 2 : 17). Cf. aussi He 9:26.

  Le « pas encore »

Mais en même temps, les auteurs du NT comprennent que la réalisation complète des promesses de l'AT se fera en deux temps. Il y a encore un « âge à venir » (Lc 18:30, 20:34-35) ; le « dernier jour » (au singulier) désigne le jour futur du jugement final et de la résurrection (Jn 6:39, 12:48). La distinction des deux étapes de l'accomplissement est une donnée nouvelle, qui n'apparaissait pas dans 1'AT, où les événements des deux étapes sont souvent annoncés ensemble.

Les deux diagrammes suivants peuvent illustrer la différence

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  La relation entre les deux

La première venue du Christ, débouchant sur sa Résurrection, garantit la certitude de sa seconde venue (Ac 1 : 1l, He 9:27-28). C'est pour nous préparer une place qu'il s'en est allé (Jn 14:2-3).

L'attente chrétienne du futur s'enracine dans le passé, c'est-à-dire dans la première venue de Jésus-Christ. On prend souvent comme illustration les événements libérateurs de la deuxième guerre mondiale, la situation en fin août 1944 : la victoire décisive des Alliés, le débarquement en Normandie, est certaine, car elle s'est déjà réalisée. Donc l'Allemagne est condamnée, et pourtant elle résiste encore, et il y a encore des gens qui peuvent ignorer la réussite du débarquement...

Remarque

Trois implications de cette vision des choses :

  1. l'histoire n'est ni un cycle qui se répète indéfiniment, ni une suite d'événements dépourvus de sens. L'histoire a un sens ; elle marche vers son but final, parce qu'elle est la réalisation du plan de Dieu.
  2. Dieu est le maître de l'histoire et même le mal concourt au but qu'Il lui a fixé, le dernier jour de sa victoire.
  3. Jésus-Christ est au centre de l'histoire. En datant les événements avant ou après la naissance de Jésus, notre calendrier en témoigne !

Raison d'être de l'âge actuel

Le sens de l'âge actuel des derniers jours est d'être celui de la mission universelle : l'annonce de l'Evangile au monde entier. Quand l'Evangile aura été prêché à toutes les nations, alors le dernier jour pourra venir (Mt 24:14). 2 P 3:9 montre que la raison pour laquelle le Christ n'est pas encore revenu, c'est la patience de Dieu, qui veut donner à tout homme une occasion de se repentir, afin que le plus grand nombre soit sauvé.

La coexistence du « déjà » et du « pas encore » implique la croissance simultanée, dans l'histoire, du Royaume de Dieu et du royaume du mal, jusqu'au jugement final (Mt 13:24-30, 36-43), précédé par la crise finale où apparaît l'Antichrist. A chaque progrès des sciences et de la technique, par exemple, correspond aussi un développement nouveau des possibilités du mal.

Le Royaume de Dieu : son existence actuelle

On peut définir le Royaume de Dieu, dans son état actuel, de la façon suivante : Dieu règne en étant dynamiquement actif dans l'histoire humaine par Jésus-Christ, pour sauver son peuple de ses péchés et des puissances du mal. Cette action prépare l'instauration finale des nouveaux cieux et de la nouvelle terre.

Les signes de la présence du Royaume sont : l'expulsion des démons (Mt 12:28), les miracles (Mt 11 : 4-5), l'annonce de la bonne nouvelle (Mt 11:5), l'expérience du pardon des péchés (Mc 2 : 10) et la façon nouvelle de vivre des véritables Chrétiens, dans la justice, la joie et la paix (Rm 14 : 17). Ces signes peuvent rester ambigus pour ceux qui vivent en dehors de la foi. Ce n'est qu'au dernier jour que l'évidence s'imposera à tous.

L'attente de la Seconde venue du Christ

  Quelques textes de présentation

Les Chrétiens savent qu'ils vivent entre les deux venues du Christ. Ils se souviennent, avec joie et reconnaissance, de sa première venue, et attendent impatiemment la seconde, pour laquelle ils doivent s'apprêter. Les références à cette seconde venue sont extrêmement nombreuses dans le NT. Citons en une par auteur : Mt 16:27 (retour en gloire avec les anges) ; Mc 14:62 (sur les nuées du ciel) ; Lc 12:40 (certains seront surpris) ; Jn 14:3 (retour pour nous prendre avec Lui) ; cf. aussi Tt 2:13, He 9:28, Jc 5:8, 2 P 3:10, Ap 1:7 - ce retour sera bien visible pour tous. L'avant-dernier verset du NT témoigne du désir ardent de ce retour dans l'Eglise du premier siècle (Ap 22:20), et il devrait encore en être de même aujourd'hui !

  La question de la date

Mc 13:32 précise que le Christ (alors dans sa période d'humiliation sur la terre) ignorait la date de son retour. Beaucoup de sectes, Témoins de Jéhovah en tête, ont souvent enseigné que si le jour et l'heure étaient inconnus, l'année, elle, pouvait être connue. D'où toutes sortes de calculs, fondés sur des interprétations fantaisistes de textes apocalyptiques de la Bible. Jusqu'à présent, ce type de calculs a toujours abouti à des dates prouvées fausses par le non-accomplissement du retour prédit par ces sectes. Ce type d'interprétation est d'autant plus intenable que d'autres textes confirment l'incertitude du temps de son retour dans l'enseignement de Jésus : Mt 25:13, Mc 13:33-37, Lc 22 : 39-40. Le caractère inattendu de son retour rend nécessaire de veiller, d'être toujours prêt.

Mc 13:30 « génération » = le peuple juif, cf. Mt 23:35-36 et Mt 10:23 enseignent que, malgré la destruction de Jérusalem par les Romains en 70, le peuple d'Israël continuera à exister jusqu'au retour de Christ, et que l'Eglise chrétienne rencontrera toujours l'opposition d'une partie des Juifs en cherchant à les évangéliser.

A plusieurs reprises, Jésus a averti que son retour n'était pas aussi imminent que plusieurs le croyaient : plusieurs signes doivent s'accomplir avant que son retour puisse se produire : Mt 24 : 14 « et alors », Mc 13:7 « pas encore », Mc 14:7-9 (temps pour prêcher l'Evangile pendant l'absence du Christ), Lc 19:11 s. (parabole des mines, dite « parce qu'on pensait que le Royaume de Dieu devait apparaître à l'instant » ; au contraire le futur roi part en voyage dans un pays lointain). Mt 25 : 19 (parabole des talents) précise que le maître revient « longtemps après ». Mt 25 : 5 (parabole des 10 vierges) précise que « l'époux tardait » ; cf. aussi Lc 12:48.

Les Epîtres fournissent des données semblables. Si certains passages expriment que le Christ peut revenir très rapidement (Rm 13 : 11-12, 1 Co 7:29, He 10:37, Jc 5:9, 1 P 4:7, Ap 1 : l, 22:20), dans d'autres Paul envisage qu'il puisse mourir avant le retour du Christ (1 Th 5:9-10), et 2 P 3:3-4 répond aux moqueurs qui s'étonnent de la longueur de l'attente en montrant que la patience de Dieu prolonge ce temps pour que les pécheurs puissent se repentir (et que l'Eglise puisse prêcher l'Evangile).

  Les implications pratiques pour le Chrétien

L'attente du retour du Christ a donc des implications pratiques dans la vie du Chrétien. La Bible ne la présente jamais comme une attente passive, qui conduirait à se désintéresser du monde, à s'en retirer.

Rm 13 : 12-14 montre qu'attendre le Christ doit pousser à se dépouiller des oeuvres des ténèbres, pour adopter un style de vie pur et honnête. De même Tite 2 : 12-13 lie l'attente de la manifestation du Christ à une vie menée dans le siècle présent, mais d'une manière sensée (pour nous-mêmes), juste (par rapport aux autres) et pieuse (par rapport à Dieu). Selon 2 Pi 3 : 11-13, le fait que le monde actuel passe doit mener à la piété et à la sainteté, à un perfectionnement du caractère dans la paix. L'espérance mène à la purification de soi-même, pour commencer à ressembler au Seigneur auquel le Chrétien sera rendu parfaitement semblable quand Il reviendra.

Celui qui persévère en Christ aura de l'assurance en ce jour-là (1 Jn 2:28), mais quelle honte pour le Chrétien qui serait surpris en état de relâchement ! La parabole des talents (Mt 25 : 14-30) montre que la meilleure façon d'attendre le retour du Christ est de faire fructifier les dons qu'il nous a donnés - donc, de travailler pour le Seigneur, notamment en répandant la Bonne Nouvelle. Mais dans la perspective biblique (et protestante), toute profession qui correspond aux dons et capacités (manuelles, intellectuelles, morales, spirituelles) que Dieu accorde aux hommes est une vocation de Dieu. Le Chrétien sert donc Dieu et « attend » le retour du Christ en mettant au service des hommes les dons que Dieu lui a confiés, quelle que soit sa profession.

Les Signes du retour du Christ

Lire Mc 13 : 1-31 ce texte, avec ses parallèles dans Mt et Lc, est le plus complet sur les signes des temps.

  Les signes en général

a) Ils ne se réfèrent pas seulement à la période qui précède immédiatement le retour du Christ, mais ils ont commencé à s'accomplir dans tous les siècles qui se sont écoulés depuis la fondation de l'Eglise. Exemples: l'apostasie (1 Tm 4 : 1-4) : le texte passe du futur (v.1) au présent (v.3), c'est-à-dire à ce qui se passe déjà vers 65, quand Paul écrit à Timothée (ne pas oublier que les « derniers temps» ont commencé avec la fondation de l'Eglise !); l'Antichrist vient, mais l'esprit de l'Antichrist est déjà dans le monde vers 80, date approximative de la rédaction de 1 Jn 4:2-3. En Mc 13: 14-18, les signes ont eu un accomplissement partiel déjà en 70 (siège de Jérusalem par les Romains).

b) Ils ne sont pas forcément tous des événements spectaculaires et extraordinaires qui interrompraient brutalement le cours de l'histoire. Les séducteurs (faux-prophètes et faux-Christs), les persécutions, l'annonce de l'Evangile à toutes les nations, sont des processus de longue durée, qui s'inscrivent dans une histoire continue.

c) Les signes montrent l'opposition continue et même croissante entre le Royaume de Dieu et les forces du mal, qui durera jusqu'à la fin (cf. Mt 13:28-30) : l'Evangile est de plus en plus prêché à toutes les nations, mais par ailleurs l'apostasie et l'impiété croissantes, la multiplication des guerres et la préparation de la venue de l'Antichrist montrent que l'opposition des forces anti-chrétiennes est de plus en plus dure, avec un maximum juste avant le retour du Christ.

d)Le Chrétien voit dans ces signes un encouragement : le Seigneur règne effectivement sur l'histoire et son retour approche; même les signes de l'opposition du mal l'encouragent, parce qu'ils sont prévus et ne peuvent empêcher la victoire finale de Dieu. L'accomplissement progressif des signes devrait stimuler la vigilance du Chrétien (Mt 24:42) : il montre que le plan de Dieu avance, sans pourtant nous indiquer clairement le temps qui nous sépare encore de la fin.

Auteur : Pasteur Jean-Louis Simonet, président de la Fédération évangélique de Belgique

Mise à jour : 29-juin-2004