Le Lévitique (Afale)

De Ebior

Le Lévitique est le 3ème livre de la Torah ou Pentateuque. Son nom hébreu "Vayikra" signifie "Il appela " ce qui correspond au début du premier verset "Il appela Moise, le Seigneur.......

Le Lévitique est le livre de la sainteté, de la sainteté de Dieu, mais aussi de la sainteté de l'homme, à laquelle l'homme est appelé par Dieu : "Vous serez saints, parce que Moi l'Eternel, Je suis saint", Lv § 19. Pour percevoir l'importance et la portée du Lévitique, il faut avoir constamment à l'esprit que le peuple de Dieu est un peuple tout entier consacré , "un peuple de prêtres, une nation sainte", Ex 19, 6.

Le Lévitique est un livre d'une sainteté éminente, sainteté qui doit permettre à Israël de devenir effectivement peuple de prêtres, nation sainte. La racine de Lévitique est Lévi. Car c'est, parmi Son peuple, aux lévites que Dieu s'adresse dès les premiers chapitres de ce livre. C'est pourquoi le Lévitique est souvent aussi appelé "Torah des prêtres".

Au premier abord, le Lévitique peut nous paraître étrange, à nous occidentaux laïcisés, déroutant, difficile et même hermétique, parce que très loin de notre mentalité moderne. Mais si l'on prend le temps de l'approfondir, il se dévoile et nous fait découvrir les merveilleuses richesses que Dieu nous révèle à travers lui.

Le Lévitique recèle un mystère, le mystère de la sainteté de Dieu, donc une spiritualité, une puissance de révélation insondables, 
et nous donne le sens du culte à rendre à Dieu, de l'amour à Lui porter avec un grand souci de perfection. 
Il vise à donner aux hébreux, aux juifs, puis aux chrétiens le sentiment qu'ils ne sont pas maîtres de leur vie, qu'ils ne peuvent
pas en faire n'importe quoi, mais qu'ils appartiennent à Dieu, qu'ils sont son peuple.

La fidélité des hébreux à la Loi de Dieu que nous révèle le Lévitique a donné une dimension extraordinaire à leur existence et à leur histoire. La vie ne doit pas être conditionnée par un environnement essentiellement éphémère, elle doit être orientée vers l'essentiel : la sainteté.Le Lévitique se situe entre l'Exode, le livre de la sortie d'Egypte et de l'Alliance au Sinaï, et les Nombres, qui relatent les étapes de la pérégrination du peuple hébreu au désert.

D'entrée, il enchaîne sur le § 40 de l'Exode qui relate l'érection et la consécration du Sanctuaire : la Tente du Rendez-vous au désert (13ème siècle av. J.C.) plus tard le Temple de Jérusalem,

Aussi les 4 chapitres du Lévitique manifestent-ils une grande unité.eux qui précisent :

1) Le rituel des sacrifices § 1-7

2) L'investiture des prêtres § 8-11

3) Les règles relatives au pur et à l'impur § 11-16

4) La loi de sainteté § 17-26 plus un appendice "Tarifs et évaluations" §@-7),

Que ce soit le code sacrificiel ou la loi de sainteté, l'un et l'autre tendent à rendre à Dieu le culte véritable qui lui est dû, tant par les sacrifices célébrés au seul Temple de Jérusalem, que par la pratique d'une vie "sainte".

Un livre très ancien

Le Lévitique est un livre très ancien. Le rituel des sacrifices est rattaché au séjour du peuple au désert du Sinaï, et placé sous l'autorité de Moïse (1250 av. J.C). En fait, il ne recevra sa rédaction définitive (la liturgie évoluant toujours, si peu que ce soit, au cours des siècles) qu'après le retour de l'Exil, à partir du 5e/4e siècle av. J.C.

Dans sa forme actuelle, il représente le code sacrificiel du second Temple, rituel que Jésus a connu au cours des cérémonies célébrées dans le Temple (qui sera incendié, vous le savez, lors de la prise de Jérusalem par Titus, en août 70).

Le rituel des Sacrifices, § 1 à 7

Les sacrifices d'animaux étaient célébrés journellement au Temple sur l'autel des Sacrifices, situé lui-même devant le Saint des Saints.

Face à la sainteté de Dieu, l'homme se reconnaît pécheur. Pour pouvoir se réconcilier avec lui, il doit offrir des sacrifices, sacrifices d'holocauste., d'expiation et de communion, afin de se purifier.

Le Lévitique permet de distinguer plusieurs "types" de sacrifices

  1. - les sacrifices d'holocauste ou d'expiation
  2. - les sacrifices de communion,
  3. - les sacrifices de louanges, auxquels s'ajoutent les oblations (les offrandes de pains rituels),
  4. - les sacrifices de réparation qui visent surtout à effacer les fautes par lesquelles on a offensé Dieu, les prêtres ou le prochain.

Un rituel immuable

Tous ces sacrifices observent un rituel immuable

  • l'offrande d'un bétail "sans défaut", v. 3 : ce qui est offert à Dieu doit être parfait,
  • l'imposition des mains par l'offrant : "Il posera sa main sur la tête de la victime " v. 4, et le prêtre : attestation solennelle que l'offrande est présentée à Dieu.
  • le sacrifice lui-même au cours duquel le bétail est immolé "devant le Seigneur" par le Grand prêtre et les prêtres (cohen) "qui offriront le sang", au cours d'un rituel d'une grande rigueur dont le sens spirituel est immense.

Dieu confie l'immolation aux prêtres dont le rôle commence lorsque le sang, de la victime est mis en contact avec l'autel. C'est une loi générale pour tous les sacrifices. Seul le prêtre monte à l'autel, lieu de rencontre de la terre et du ciel. Le sang était alors considéré comme siège du principe vital, d'où sa valeur expiatoire et son rôle de premier plan dans la célébration des sacrifices. Aussi les rites de sang jouent-ils un rôle primordial, "c'est le sang qui expie pour une vie", § 16 et est signe du retour dans l'Alliance.

  • le repas sacré au cours duquel une partie de la victime est partagée et mangée (comme nous le verrons plus loin). 

Dans ce rituel minutieux dépeint par le Lévitique, la tradition chrétienne a aimé voir un ensemble de préparations et de préfigurations du Sacrifice Eucharistique de la Messe dont on peut reconnaître là les différentes étapes.

Les divers sacrifices

  • Le sacrifice d’ holocauste ou d'expiation est un sacrifice dans lequel la victime est entièrement consumée par le feu de l'autel, la fumée de l'holocauste ou de l'encens montant vers Dieu "en parfum d'apaisement pour le Seigneur".

Par le sacrifice d'expiation, l'homme qui a offensé Dieu gravement en transgressant l'Alliance peut rentrer en grâce. L'animal offert en sacrifice - en ses lieu et place - est interprété comme la rançon due à Dieu. L'expiation se rattache aux fondements mêmes de la Loi israélite.

  • Le sacrifice de communion. Dans le sacrifice "de communion", la victime est partagée entre Dieu et l'offrant. Il comporte l'antique rituel du sang, déjà présent dans le sacrifice d'Abraham, Gn 15, et du Sinaï, Ex 24 .

C'est un banquet sacré, les parties les plus vitales de la victime sont offertes à Dieu, une part de choix est attribuée aux prêtres pour être mangée - "c'est une chose très sainte", v. 22 - et le reste est consommé, en signe de "communion" par les fidèles, ce qui exprime par excellence, la communauté de vie, la relation d'alliance et d'amitié entre les fidèles et le Seigneur.

Ce sacrifice de communion constituait le rite central des fêtes,, exprimant la communauté de vie, la relation d'alliance entre les fidèles et le Seigneur.

  • Le sacrifice de réparation pour effacer le péché commis par le Grand prêtre,, l'Assemblée d'Israël, un chef, un homme du peuple, qui a transgressé l'Alliance, vise à obtenir du Seigneur le pardon pour la faute commise "volontairement ou par inadvertance". 
  • enfin les sacrifices de louange


Le sacrifice de communion peut être conjointement un sacrifice de louange. On y ajoute alors une offrande de gâteaux sans levain ou de pain fermenté.

Dans le Lévitique, nous découvrons que l'Israélite a conscience d'être pécheur, de devoir se convertir et qu'il doit offrir 
des sacrifices pour être pardonné de ses fautes, afin que sa prière soit entendue.

Aussi sommes-nous interpellés par ces paroles du Psaume 50, de David, lui qui offrit tant de sacrifices au Seigneur, et qui déclare :

"Si j'ose un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé - tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé"

Ne disons donc pas trop vite que les sacrifices de l'Ancien Testament étaient célébrés de façon formelle. Bien des Israélites profondément religieux les pratiquaient "en esprit et en vérité". Chez eux le respect de la lettre ne gommait pas, n'occultait pas l'esprit de la Loi divine.

L'Investiture des prêtres, § 8 à 15.

Le chapitre décrit

  1. - les rites de consécration des prêtres,
  2. - leur entrée en fonction,
  3. - les réglementations spéciales,
  4. - les règles de deuil et les offrandes les concernant,
  5. - celles relatives au sacrifice de réparation pour effacer les péchés.

Les v. 7 à 12 détaillent ainsi la consécration des prêtres :

"Moïse mit la tunique à Aaron il lui passa la ceinture, le revêtit du manteau et plaça sur lui l'éphod. Puis luiimposa le pectoral. Sur la tête, il lui mit le turban et sur le devant du turban la fleur d'or ; c'est le signe de la sainte consécration. Moïse prit l'huile d'onction, il oignit les prêtres pour les consacrer..."

Il est facile de voir dans ce texte la préfiguration de la consécration des prêtres et des évêques.

Transposons en quelques mots :

"L'évêque consécrateur prit la fiole d'Huile Sainte et en oignit l'Abbé X... pour le consacrer. Puis il lui remit l'aube de consécration, la ceinture, l'étole et la chasuble. Lorsqu'il s'agit de la consécration d'un évêque, on ajoute "il lui mit sur la tête la mitre (qui succède" au turban du Grand-Prêtre) qui est le signe de sa dignité..."

Que devons-nous admirer le plus de la beauté des dons que Dieu nous fait à travers le Lévitique, ou de la fidélité de l'Eglise à travers les siècles ?

Règles relatives au pur et à l'impur

Les Israélites avaient mission de célébrer dignement le culte de Dieu. Pour se présenter au Temple, ils devaient être purs.

La raison d'être de certains de ces rites nous échappe parfois, alors qu’ils étaient fort clairs à l'époque où ils ont été prescrits pour les contemporains. Ils avaient pour fonction de faire du peuple de Dieu un peuple "différent", autre, de ceux qui l'entouraient, le faire grandir en dignité et en humanité, lui permettre de survivre en traversant les siècles, de servir Dieu "en esprit et en vérité".

Ces rites font partie des 613 commandements que s'efforcent d'appliquer encore les juifs.

Jésus rappellera à maintes reprises que la pureté légale est importante, mais ne remplace pas la pureté du cœur.

La "loi de pureté", § 11- 16, que nous abordons ici, à laquelle est jointe la "Loi de sainteté", §17-26, que nous étudierons au § suivant, 
sont comme les deux aspects négatif et positif d'une même exigence divine. Les règles données reposent sur de très anciens interdits religieux : 
est pur ce qui peut approcher Dieu, est impur tout ce qui rend inapte à son culte ou en est exclu.

Les animaux purs sont ceux qui peuvent être offerts à Dieu. les animaux impurs sont ceux que les païens considèrent comme sacrés, ou qui paraissent nuisibles à l'homme. Ils déplaisent donc à Dieu.

La loi de pureté, que beaucoup de juifs pieux observent encore aujourd'hui, a joué un sens "pédagogique" considérable dans l'Histoire d'Israël. Elle a contribué à l'empêcher de se mêler aux peuples païens qui l'environnaient de toutes parts, peuples dont les rites "magiques " le fascinaient et le tentaient. Elle a contribué grandement à faire de lui un peuple à part, séparé, saint, puisque porteur des coutumes saintes données par Dieu.

Donnons quelques exemples

La jeune accouchée - et comment ne pas penser ici à la Vierge Marie ? - est l'objet de règles strictes, § 12. Mais sous la crainte de contracter "une impureté légale" se cache aussi la peur de la terrible fièvre puerpérale qui emportait tant de jeunes femmes, il n'y a pas si longtemps encore.

Les maladies infectieuses épouvantaient à ces époques : la lèpre, les ulcères, les exanthèmes, les maladies sexuelles, tout ce qui pouvait "s'attraper", va donc être l'objet de prescriptions rigoureuses afin d'empêcher tout risque de contagion, § 13 et 16. N'oublions pas que les prophylaxies actuelles et les antibiotiques n'existaient pas. Seule une hygiène rigoureuse pouvait préserver ces peuples, l'hygiène du corps conduisant à l'hygiène de l'âme.

Le chapitre s'achève par le rituel du Grand jour des Expiations, le Yom Kippour § 16.

La Loi de sainteté, § 15 à 26

L'idée première de la Loi de sainteté est celle d'une séparation, d'une inaccessibilité, d'une transcendance qui inspire une crainte religieuse ( Ex 33, 20 ) Il existe en effet un abîme entre la sainteté de Dieu et l'homme. L'homme ne peut voir Dieu et vivre.

-Mais la sainteté de Dieu se communique à tout ce qui l'approche ou lui est consacré : les lieux, tel l'Horeb, les temps, tel le shabbat, l'arche d'Alliance, les personnes, spécialement les prêtres, les objets consacrés au culte... A cause de ses rapports avec le culte, la notion de sainteté s'allie à celle de pureté rituelle. "La loi de sainteté" est "une loi de pureté".

"Soyez saints comme le Seigneur est saint" (19, 2), résume parfaitement la Loi de sainteté.

Les 10 Paroles et la Loi de sainteté

Les 10 Paroles et les commandements sont à jamais le fondement de la Sainte Loi divine. Elles sont la voie sûre qui conduit à la sainteté,

Mais afin que nul n’ en ignore, dans ce chapitre sur la Loi de sainteté, particulièrement aux § 18 à 20, sont cités les grands manquements aux 10 Paroles, particulièrement les grands interdits sexuels (qui sont en vérité des dons de Dieu), l'adultère, l'inceste, l'homosexualité, la bestialité, mais aussi l'idolâtrie, la magie, le commerce avec les spectres (les morts), et les sacrifices humains. Ils sont qualifiés "d'abominations", assimilés aux pires idolâtries, au refus caractérisé de Dieu et de sa Sainte Loi.

C'est là la peinture de la société idolâtre de l'époque. Ces "interdits" étaient alors pratiqués couramment dans toutes les nations. D'où la répulsion qu'éprouvaient pour eux les israélites Notre société qui n'est plus tournée vers Dieu, les "sacralisent" aujourd'hui à nouveau parce qu'en s'éloignant de Dieu, elle retourne peu à peu au paganisme. Regardez autour de vous.

Tous les cas de "figure" sont précisés. Dieu, dans son plan d'amour, veut ainsi protéger, et garder de tout mal, la famille, le couple et les enfants. Car de la stabilité, de la fidélité et de la piété de la famille et du couple humain, de la protection des enfants, dépendent sans conteste, la transmission dela Révélation "de Générations en générations" et leur bonheur véritable.

De quel amour, j'aime ta Loi, ô mon Dieu

Ainsi avec le Lévitique apparaît une notion nouvelle : l'obéissance aux 10 Paroles, à la Charte de l'Alliance, stricto sensu, doit être intériorisée. 
La Loi est un moyen, non un but.

C'est en esprit" qu'elle doit être vécue, et dans l'amour : "De quel amour, j'aime ta Loi, ô mon Dieu !". Car c'est à devenir saints, comme le Seigneur est saint, que les hommes sont appelés ( Lv 19, 2). "Aimer Dieu et sa Sainte Loi est taire seule et même chose" affirme Jésus en Mt 19 .

Avec les préceptes des § 19, 17, 18, 33 et 34, le sens du prochain va conduire au v. 18 :1 "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" que Jésus rappellera maintes fois dans l'Evangile (cf. Mt, 19,19 ).

Le Jubilé

Enfin le Lévitique au § 25 révèle un nouveau don de Dieu: les années sabbatiques et le jubilé.

Tous les 50 ans, est célébré le Jubilé, année de grâce pour le Seigneur : les esclaves recouvrent la liberté, les terres aliénées sont rendues à leur légitime propriétaire, 
chacun retrouvant son patrimoine,

C'est une année sainte donnée par le Seigneur. Cette mesure avait pour objectif d'assurer la stabilité d'une société fondée sur la famille et le bien familial. C'est Dieu lui-même qui remet les dettes, c'est-à-dire. les péchés. Il nous les "rachète", nous rachète. Il est notre racheteur = notre rédempteur.

Sur un plan spirituel, l'année sainte ou jubilaire décrétée par l'Église donne de même, périodiquement, aux chrétiens l'occasion d'une remise de leur dette envers Dieu. Le prochain Jubilé se célébrera en l'an 2000.

Conclusion

Les lois que nous fait connaître le Lévitique sont Paroles de Dieu adressées à tout un peuple qui va se construire à partir d'elles. Si quelques-unes ne concernent plus les chrétiens, beaucoup d'autres les concernent encore aujourd'hui comme celles que nous venons de citer.

Soyons-y donc fidèles. Agir, selon la volonté de Dieu, par amour pour Lui et sa Sainte Loi, c'est marcher hardiment dans la voie de la sainteté. Ce n'est pas difficile. Ce qui l'est, par contre, c'est de persévérer, jour après jour... Mais n'ayons pas peur. "Je suis le Seigneur", rappelle Dieu à la fin de ces chapitres. Sa fidélité ne saurait nous manquer.

Tel est le message que nous révèle le saint livre du Lévitique.

Auteur : Isabelle AMI

© Afale Magazine, 1997