Discussion sur Les trois questions existentielles

De Ebior
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La question sur le présent, entre l'origine passée et la destinée future, est-elle plutôt "qui suis-je ?", la question existentielle par excellence, ou bien "que dois-je faire ?", la question centrale de la philosophie pratique ? La réponse paraît claire en philosophie, puisque l'on affirme que l'intelligence, avec la découverte du Vrai, est logiquement et chronologiquement antérieure à la volonté, qui cherche le bien dans la pratique. Mais, dans l'être même, n'est-il pas plus exact de dire que le bien précède le vrai ? L'être, le monde, est bon indépendamment de l'homme qui le regarde, alors que le vrai, comme le beau d'ailleurs, résultera toujours, au niveau philosophique, d'un regard porté par l'homme sur l'être ou le monde.

Notons que pour Kant, les trois questions qui articulaient toute sa philosophie étaient "que puis-je savoir ?" (ce qui correspond ici à la Philosophie théorétique), "que dois-je faire ?" (ce qui correspond bien à la Philosophie pratique) et "que suis-je en droit d'espérer ?" (ce qui correspond plus ou moins à la philosophie au sens de Sagesse).

Ce débat est important aujourd'hui, car la tradition philosophique occidentale, y compris la philosophie réaliste, a généralement considéré la contemplation philosophique comme le but suprême de la philosophie, dans la démarche de Sagesse et la découverte de l'être premier. Or il y a une tendance aujourd'hui, pour toute sorte de raisons, à mettre en avant les questions d'ordre pratique par rapport aux questions d'ordre théorique. On se méfie de la philosophie "ratiocinante", on veut des réponses à des problèmes concrets. Or la philosophie n'est sans doute pas la meilleure façon d'aborder ces questions; la théologie n'est-elle pas mieux préparée à dire aux gens ce qu'ils doivent faire ? C'est le cas en particulier dans la tradition juive, qui est tout entière tournée vers cette question: c'est à travers la pratique (des commandements divins) que l'on peut découvrir les intentions de Dieu sur le monde et sur l'homme.

Si la question "que dois-je faire ?" est plus profonde que la question "qui suis-je ?", il faut inverser l'ordre des priorités. Dans la tradition aristotélicienne, la découverte de l'être premier se fait à partir de la "contemplation" du monde (la Sagesse). Dans la tradition juive, elle se fait à partir des gestes du quotidien et de la rencontre de l'autre, des gens qui m'entourent (qui ne sont pas seulement l'ami dont parle la Philosophie éthique). La Psychologie, dans laquelle l'être humain est étudié comme une personne et une personne qui est nécessairement en relation avec autrui, est donc d'une certaine manière plus importante, du point de vue de la découverte de être premier, que l'interrogation sur la cause première du monde en Théologie naturelle. C'est par là, dira le théologien, que commence la sagesse philosophique plus que par l'observation du monde.