Comparaison entre les trois reliques majeures de la Passion : le Linceul de Turin, la Tunique d’Argenteuil et le Suaire d’Oviedo

De Ebior

Description

Linceul de Turin :

grande pièce de tissu de 4,3 x 1,1 m, couverte de taches de sang et présentant une image humaine, dorsale et ventrale

Tunique d’Argenteuil :.

robe sans couture déchirée en de nombreux morceaux dont le plus grand de 1,2 x 1,1 m, couvrant la quasi-totalité du dos, est couvert de taches de sang peu visibles et ne présente aucune image

Suaire d’Oviedo

linge rectangulaire de 85 x 52 cm, couvert de taches de sang et ne présentant aucune image. Il aurait enveloppé la tête du Christ mort, après la descente de croix et avant la mise au tombeau.

Itinéraire historique

Selon la règle des « 3P » , du moins connu au plus connu : affirmation Possible, Probable ou Prouvée

Linceul de Turin :

525 : Édesse (Turquie) : Mandylion ou Sainte Face

944 – 1204 : Constantinople (Istanbul – Turquie)

1353 : Lirey (Champagne- France)

Tunique d’Argenteuil :

590 : Jérusalem, selon FREDEGAIRE, mort en 658

800/814 : Argenteuil (France) : remise par l’impératrice IRENE à CHARLEMAGNE qui l’aurait confiée à sa fille THEODRADE, supérieure de l’abbaye

1156 : Argenteuil : reconnaissance officielle dans une charte, aujourd’hui disparue et description d‘une ostension par l’abbé de Saint-Denis, EUDES de Deuil

Suaire d’Oviedo

636 – 718 : Tolède (Espagne) selon la tradition orale

814 : arrivée à Oviedo (Espagne)

1075 : Oviedo : inventaire officiel du coffre contenant la relique

Chaque parcours est original et ne présente pas de recoupement, sinon une translation de l’Orient vers l’Occident (Italie, France et Espagne)

Étude hématologique

Linceul de Turin :

1978 – 1980 : HELLER et ADLER (STURP) : sang humain

1982 : BOLLONE : groupe AB

1995 : Institut de médecine légale de Gênes : étude de l’ADN : mélange de sang masculin et féminin expliqué par la présence de femmes en contact avec le Linceul comme le sœurs clarisses lors de la réparation de 1534

Tunique d’Argenteuil :

1892 : LAFON et ROUSSEL : sang humain

1985 : Docteur Saint PRIX : groupe AB mais les travaux n’ont pas été publiés à cause de son décès.

2005 : LUCOTTE (Paris) :

présence d’hématies ou globules rouges de petite taille. L’origine en est probablement un phénomène de déshydratation du à l’ancienneté.

conclusions de l’étude de l’ADN extrait des globules blancs : un seul individu de sexe masculin, probablement un juif du moyen orient (chromosome Y de type J2)

Suaire d’Oviedo

1993 : GOLDONI (Madrid) : sang humain de groupe AB

1994 : BOLLONE (Turin) : sang humain de groupe AB

pas d’étude de l’ADN

En conclusion : il s’agit de trois sangs humains de groupe sanguin identique et rare (3 % en France, 10 à 15 % au Moyen Orient, 7% au niveau mondial).

Une remarque au sujet d’éventuels faussaires ayant vécu à l’époque médiévale en Europe : partant du fait que le Linceul a été taché de sang AB, la probabilité qu’il en soit de même pour la Tunique ou pour le Suaire est de 3% et celle qu’il en soit de même à la fois pour la Tunique et pour le Suaire est de 3/00 x 3/100 soit 0,09% . Ces faussaires auraient eu beaucoup de chance, dans leur ignorance des groupes sanguins.

Les pollens

travaux de FREI , de DANIN et BARUCH sur le Linceul de Turin, de FREI et de FERRERAS pour le Suaire d’Oviedo et de LUCOTTE pour la Tunique d’Argenteuil.

Pollens retrouvés sur les trois reliques majeures de la Passion :

Nom scientifique - Nom commun - Datation - Localisation

Alnus glutinosa - aulne - d'origine récente

Quercus perennifolius - chêne - d'origine récente

Pistacia palestina - pistachier - d'origine ancienne - Uniquement en Palestine (endémique)

Tamarix hampeana - tamarin - d'origine ancienne - Uniquement en Palestine (endémique)

Corylus avellana - plante commune -  d'origine ancienne

Pollens retrouvés sur deux reliques majeures de la Passion :  le Linceul de Turin et  la Tunique d’Argenteuil.

Prosopis farta  -  Plante grasse

Cedrus libani - Cèdre du Liban

Haplophyllum tuberculatum - Plante grasse

Pollens retrouvés sur deux reliques majeures de la Passion :  le Linceul de Turin et  le Suaire d’Oviedo.

Parietaria judaïca - au  Moyen Orient

Juniperus oxycedrus - au  Moyen Orient

Pollens retrouvés sur deux reliques majeures de la Passion : la Tunique d’Argenteuil et le Suaire d’Oviedo.

Phoenix dactylifera - Palmier

Chenopodium album - Plante grasse

Senecio vulgaris - plante commune - d'origine ancienne

La présence simultanée de pollens originaires du Moyen Orient (pistacia, tamarix, cedrus, parietaria, juniperus) , et surtout le caractère endémique des deux premiers, est remarquable. Elle semble indiquer une origine commune pour les trois reliques. En effet, une intervention humaine ou une simple coïncidence paraissent fort improbables.

Superposition du Linceul et de la Tunique

Dès 1934, une série de photos prise dans le sceptre visible et dans l’infra-rouge permit une première comparaison entre les emplacements des taches sur la tunique d’ARGENTEUIL et sur le Linceul de TURIN. Les résultats, rédigés par Antoine LEGRAND, restèrent imprécis parce qu’ils ne tenaient pas compte des plis et des déformations subis par la Tunique pendant la marche du futur crucifié.

En 1998, à l’Institut d’Optique d’ORSAY en France, André MARION fit subir à ces mêmes photos un traitement informatique de l’image en « habillant » la Tunique autour d’un corps. Il mit en évidence le fait que lever les bras pour porter une croix tire le vêtement vers le haut. Cela provoque un pli au niveau des omoplates, représenté par une ligne grise sur le schéma où les taches de sang sont indiquées par une lettre de B à L.

Linceul-zones.jpg

Parallèlement, les photos de l’image dorsale du Linceul de TURIN mettent en évidence deux zones :

  • une allant de l’épaule gauche jusqu’au milieu du dos, formant un angle de 30 degrés, (blessures N° 1, 2 et 3)
  • une autre, plus petite, sur l’épaule droite, formant un angle de 60 degrés (blessure n° 4)


L
Linceul-Tunique.jpg
a superposition informatisée de l’image de la Tunique avec celles du dos du Linceul permet de constater que les taches de sang de la Tunique concordent bien avec les blessures observées sur le Linceul, selon le tableau ci-dessous et l'image ci-contre

Tache de la Tunique (Lettre)  -  Zone du Linceul (Numéro)  - Emplacement

B = 1 = Épaule gauche

F = 2 = Omoplate

G = 3 =  Milieu du dos

Tunique-informatique.jpg

C = 4  = Épaule gauche

H = 5 = Taille

I = 6 = Taille

J = 7 = Fesse

K = 9  = Cuisses et jambes

L =  10 =  Cuisses et jambes

Cette correspondance constitue un argument de poids pour l’authenticité des deux reliques car, dans le cas contraire, il faudrait imaginer deux faussaires capables de coordonner leurs résultats. Or, les taches de sang sont pratiquement invisibles à l’œil nu.

Superposition du Linceul et du Suaire

Source : Congrès international sur le Suaire d’Oviedo, 1994

Observation principale : la distance séparant la pointe du nez de la ligne inter-sourcilière est de 8 cm sur les deux reliques

Observation complémentaire : les traces du couronnement d’épines sur la partie occipitale de la tête, observée sur le Linceul, coïncident avec les taches sanglantes punctiformes observées sur le Suaire

Observations supplémentaires sur onze zones superposables :

  • le nez
  • les rides sur le front
  • les arcades sourcilières
  • la zone frontale droite
  • l’absence de pommette droite
  • un grosseur au niveau de la moitié de la face droite du nez
  • la pointe du nez
  • la direction du liquide sur la pommette droite
  • la rigole de sang sur le coté droit de la bouche
  • le menton
  • la barbe

Ces correspondances permettent d’affirmer avec une probabilité suffisante mais sans certitude que le même homme a saigné dans la Tunique qu’il portait à même la peau, dans le Suaire lorsqu’il se trouvait sur la croix et dans le Linceul après la mise au tombeau.

Les datations au radiocarbone

Linceul de Turin :

prélèvement en avril 1988 de trois échantillons ; en octobre 1989, mesure par trois laboratoires (Zurich en Suisse, Oxford en Grande-Bretagne et Tucson aux USA ; en février 1989, publication des résultats dans la revue Nature ; datation entre 1260 et 1390.

Toutefois de nombreuses critiques ont été formulées pour contester la validité de ces résultats, à commencer par la signification statistique de l’intervalle de date proposé

Tunique d’Argenteuil :

prélèvement en octobre 2003 ; en mai 2004, mesure au Centre d’Études Atomiques de SACLAY de deux échantillons datés entre 530 et 650, la moyenne étant 590

même prélèvement, en mars 2005, mesure par la société Archeolabs et le laboratoire de Zurich d’un des échantillons précédents, daté entre 670 et 880, la moyenne étant 775.

Le protocole d’expérience est le même dans les deux cas : technique AMS et nettoyage par traitement Acide-Base-Acide

Suaire d’Oviedo :

prélèvement d’un échantillon en 1979 par Max FREI ; en 1990-1991, mesure par les laboratoires de Tucson (USA) et de Toronto (Canada) et datation vers 650

Ces divergences sont fort gênantes puisque les intervalles de date ne coïncident pas.

En conclusion, s’il s’agit du même homme, comme semblent le prouver les études comparatives mentionnées ci-dessus, il aurait saigné dans la Tunique entre le VI ème et le IXème siècle, dans le Suaire entre le VIIème et le VIIIème siècle enfin dans le Linceul 600 ans plus tard !

Ces résultats incohérents font douter de la justesse d’une datation d’un tissu par le radiocarbone. Celle-ci n’est pas une méthode absolue et ses limites d’utilisation sont de mieux en mieux connues.

Conclusion

Trois points sont à souligner :

1. que les trois tissus aient la même origine, géographique et chronologique, et qu’ils aient enveloppé le corps de la même personne se présente comme l’hypothèse la plus simple, confirmée par le plus grand nombre d’études dans des domaines différents (pollen, sang, ADN, traitement et superposition d’images) . Seules les datations au radiocarbone conduisent à des résultats différents mais elles produisent elles-mêmes des résultats contradictoires. Cette affirmation est de nature scientifique et non religieuse ; elle ne devrait gêner personne. Soulignons à ce propos qu’à l’inverse du Linceul, ni la Tunique ni le Suaire ne présentent de particularités étonnantes ou incompréhensibles.

2. le personnage de Jésus de Nazareth constitue l’identification la plus probable et la plus plausible puisqu’il s’agit du corps d’un crucifié ayant été préalablement flagellé et couronné d’épines. De plus, la crucifixion a cessé d’être pratiquée à la fin de l’antiquité : personne n’aurait pu la reconstituer à l’époque médiévale.

Cette constatation ne devrait pas non plus gêner un incroyant qui admet l’existence historique de Jésus : c’est le cas du professeur LUCOTTE déjà cité pour ses recherches hématologiques et génétiques.

3. pour un croyant, l’authenticité des trois reliques ne constitue nullement une preuve mais elle lui permet d’approfondir sa foi en contemplant les signes que le Christ lui a confié.

« L’image que présentent les linges sacrés a un rapport si profond avec les récits des Évangiles que tout homme sensible se sent touché intérieurement et profondément ému.

Ces linges représentent à la fois l’image de l’amour de Dieu, tout comme celle du péché de l’homme ; l’image de notre impuissance devant la mort tout comme celle du mystère de la Résurrection du Christ qui nous en délivre. »

(d’après la méditation du pape JEAN-PAUL II devant le Linceul, le 24 mai 1998)

Sources :

André MARION et Gérard LUCOTTE, Le linceul de Turin et la tunique d’Argenteuil, Presses de la Renaissance, Paris, 2006

Actes du colloque du COSTA de 2005, La Sainte Tunique d’Argenteuil face à la science, François-Xavier de Guibert, Paris, 2007

Dr Jean-Maurice CLERCQ,  La Passion de Jésus : de Gethsémani au Sépulcre, François-Xavier de Guibert, Paris, 2004 

Auteur : Fernand LEMOINE

Mise à jour :14-juin-2009